18 mar 2010
Vers une profonde réforme du bacalauréat
Comme beaucoup sans doute, vous êtes surpris de constater que dans les divers documents, discours, articles … consacrés à la réforme du lycée général et technologique, il n’est quasiment jamais évoqué l’inévitable réforme du baccalauréat qui ne manquera pas de survenir à l’échéance de la session de 2013, celle qui, à partir de cette date, concernera les “nouveaux bacheliers”, issus des filières réformées du lycée général et technologique.
Il est compréhensible que tout cela puisse paraître relativement lointain, et qu’avant de se pencher sur ce sujet hautement sensible, il semble préférable de commencer par parler de ce qui se présente immédiatement : la mise en place de la nouvelle seconde à la rentrée 2010, la réflexion sur les nouveaux programmes, la mise en oeuvre de l’accompagnement, etc. L’annonce d’une nécessaire réforme du baccalauréat viendra en son temps, une fois que la réforme du lycée sera bien avancée sur ses rails.
Sage attitude que celle du Ministre en la matière, qui sait parfaitement qu’il tient là une “patate très très chaude”, tant le sujet est sensible et porteur de réactions diverses et fort contradictoires en perspective : bon courage à ceux qui vont devoir “s’y coller”, et bien malin celui qui réussira la synthèse acceptée sur un tel sujet. C’est loin 2013, et d’ici là, autant ne pas évoquer trop de sujets qui fâchent à la fois. A chaque jour suffit sa peine !
Pourtant, si on veut bien lire de près les textes relatifs à la réforme du lycée, et en particulier tenir compte de certaines novations qui ne pourront pas ne pas entraîner une réforme du baccalauréat, alors il devient possible de définir les contours fortement probables de ce que sera le nouveau baccalauréat à compter de 2013.
1. Extension du contrôle en cours de formation :
Vous avez peut être remarqué qu’en ce qui concerne les enseignements des langues étrangères (deux sont désormais obligatoires dans toutes les filières générales et technologiques alors que ça n’était jusqu’ici le cas que pour les voies générales et STG), il a été décidé que, de la seconde à la terminale incluse, les horaires des deux langues étrangères seront globalisés.
Concrètement, cela signifie qu’il appartient désormais à chaque équipe d’établissement de décider de la répartition des heures obligatoires fixées par l’Etat. Ainsi, par exemple, les 4 h hebdomadaires auxquelles auront droit les futurs élèves de terminale ES, donneront lieu à des répartitions variables d’un lycée à un autre : 2h30 + 1h30, ou 2h + 2h , ou 2h15 + 1h45…
Parallèlement, comme chacun peut s’en douter, le Ministère ne va pas édicter des programmes différents pour chacune des combinaisons horaires possibles : les programmes de LV1 et LV2 seront les mêmes nationalement. Comment, dans de telles conditions, garantir l’équité de situation des candidats devant un examen national ? Continuer de faire subir aux élèves des épreuves externes communes devient impossible, et est en outre susceptible, en cas de contestation par des familles devenues progressivement de plus en plus procédurières, de recours devant les tribunaux administratifs que les “usagers” gagneraient à coup sûr, au nom du sacrosaint principe d’égalité de situation des candidats devant des épreuves externes communes d’examen national ! La seule façon de procéder devient dès lors évidente : noter les élèves par le contrôle en cours de formation, c’est-à-dire par leurs propres professeurs.
Ce sera donc inévitablement le cas pour les deux langues étrangères. Je pense que la tentation sera forte au Ministère d’aller plus loin, tant est désormais fort le souci d’alléger l’organisation actuelle du baccalauréat, en désignant d’autres disciplines qui pourraient ainsi faire l’objet d’un “contrôle en cours de formation” dont les notes seraient prises en compte pour le résultat final. Dans cette logique, chaque filière déboucherait vers un examen composé d’un “noyau dur” d’épreuves externes finales (correspondant à trois ou quatre enseignements fondamentaux), et d’un “second cercle”, composé de disciplines soumises au contrôle en cours de formation.
Il faut savoir que ce système existe déjà pour le brevet des collèges, mais aussi pour divers types de baccalauréats (ceux délivrés dans le secteur des lycées agricoles, mais aussi pour les baccalauréats professionnels), et même pour certaines épreuves des baccalauréats généraux et technologiques actuels (l’Education physique et sportive par exemple). Et bien sur, comme chacun sait, ce système est très répandu dans l’enseignement supérieur. On n’inventerait donc rien en la matière, mais on étendrait ce qui n’est aujourd’hui qu’encore marginal.
Dans cette perspectve, je souhaite bien du plaisir à ceux qui seront chargés de fixer, bac par bac, les listes des “enseignements fondamentaux” dignes d’une évaluation externe finale, et ceux qui seront rangés au statut de “disciplines secondaires”, évaluables par le contrôle en cours de formation. Nul doute qu’ils auront à affronter de nombreux corporatismes disciplinaires et qu’il sera malaisé de parvenir à un accord globalement accepté sur un tel sujet.
Je souhaite également bien du plaisir aux enseignants, qui vont inévitablement être confronté à un “face à face” plus serré par rapport aux élèves et aux parents, soucieux bien sur d’obtenir de chaque évaluateur la meilleure évaluation possible, et prêt parfois à toutes sortes de “pressions” pour y parvenir. C’en sera terminé de la quiétude que procure l’existence d’un jury externe.
2. Extension du nombre d’épreuves anticipées en fin de première :
Si vous avez suivi le débat qui a précédé la publication des textes officiels concernant la réforme du lycée, vous savez qu’il a été décidé que l’enseignement d’histoire-géographie cessera d’être un enseignement obligatoire de tronc commun en terminale S. A sa place, il demeure possible d’offrir un enseignement optionnel facultatif de deux heures par semaine. Autre contre partie : le programme d’histoire-géographie de première S , actuellement fixé à 2h30 par semaine, passera à 4h.
Dans ces conditions, il n’est évidemment plus possible que les élèves de terminale S subissent en fin de terminale les épreuves obligatoires d’histoire-géographie. Celle-ci aura donc désormais lieu en fin de première, et rejoint donc la liste des épreuves anticipées du baccalauréat S.
En pratique, tous les enseignements de première qui ne se prolongent pas en terminale sont susceptibles de faire l’objet d’une épreuve anticipée. C’est bien sur déjà le cas pour le français dans tous les baccalauréats, et dans quelques autres disciplines, variables selon le baccalauréat préparé. Ce sera donc très probablement le cas, comme aujourd’hui, de bien d’autres enseignements qui sont dispensés en première, mais n’ont pas de continuité en terminale. Là encore, on n’invente rien, ce mode d’évaluation existant déjà, mais on en prépare manifestement l’extension.
3. Le baccalauréat continuera-t-il d’être un grade national délivré par l’université ?
Les deux points qui précèdent sont importants, marquent une indéniable inflexion, mais sont loin de constituer à eux seuls les aspects potentiellement les plus lourds de la réforme à venir du baccalauréat. En fait, nous faisons le pari qu’à l’occasion du débat sur cette réforme, c’est du statut du baccalauréat lui-même qu’il va être fondamentalement question, et c’est bien en cela que réside l’interrogation la plus importante.
Rappelons qu’en l’état actuel de la législation et des règlements, le baccalauréat (créé sous sa forme moderne par Napoléon 1er en 1808), n’est pas un simple certificat de fin de scolarité secondaire : il est surtout le premier des quatre grades délivrés par l’Université (les trois autres sont la licence, le master et le doctorat). C’est donc sous le sceau de l’Université (et non d’un rectorat) qu’est délivré l’attestation de réussite au baccalauréat, et ce même si le document est établi et expédié par les services rectoraux. Ce statut explique que les présidents de jurys ne sont jamais issus du secondaire (professeurs du second degré ou inspecteurs de l’enseignement secondaire), mais toujours des universitaires. Et c’est aussi ce qui fait que le baccalauréat donne à toute personne qui s’en dote la garantie de trouver une place en première année d’une filière universitaire de premier cycle licence (L1). Ainsi, le baccalauréat est un véritable passeport ouvrant vers les études supérieures universitaires (sauf dans le cas, fort minoritaire, des universités qui disposent de premiers cycles sélectifs à l’entrée). C’est une différence importante par rapport au brevet des collèges qui est un simple certificat de fin d’études au collège et de ce fait, ne garantit nullement le passage en lycée.
N’y a-t-il pas risque qu’en faisant évoluer le baccalauréat ainsi que nous le décrivons en toute probabilité, c’est-à-dire vers une plus grande prise en compte d’évaluations des candidats par le contrôle en cours de formation, donc par les professeurs de l’élève candidat et non plus par un jury externe quasi intégral, il n’y ait un potentiel de remise en cause du statut de “premier diplôme universitaire” que nous venons de présenter ? Autrement dit, n’y a-t-il pas là une menace sur le statut de “diplôme national” du baccalauréat actuel, avec le risque d’émergence de “baccalauréats locaux”, marqués du sceau non plus de l’Université, mais du lycée dont on est l’élève ? Si on allait dans cette direction, nul doute que le baccalauréat cesserait à plus ou moins long terme d’être un passeport pour l’entrée en première année d’université, et que ce serait la porte ouverte à une généralisation du principe de sélection à l’entrée des études supérieures, déjà fortement répandu (c’est le cas pour les écoles - grandes ou spécialisées , les classes préparatoires, les IUT, les classes préparatoires aux BTS, aux diplômes de comptabilité et gestion, et même certaines universités) ?
Au gouvernement de rassurer les acteurs et usagers du système éducatif en donnant les garanties nécessaires pour que de telles dérives ne se produisent pas (sauf bien sur si c’est le but visé, mais alors il faudra le dire clairement afin que chacun se détermine en toute connaissance de cause). Faute de cela, nous pronostiquons une sévère bataille sur le futur statut du baccalauréat et des résistances que le Ministère de l’Education nationale aura beaucoup de mal à surmonter.
Bruno Magliulo

article fort intéressant: si fillon a du reculer en 2004 car son projet de réforme du bac sentait trop la regression budgétaire, une réforme positive du lycée vers une meilleure préparation à l’enseignement supérieur doit s’accompagner d’une réforme du bac qui laisse notamment le droit à l’erreur et limite le bachotage. En revanche, comme vous le soulignez, il ne doit pas remettre en cause le droit d’accéder à l’université quelle que soit la série suivie.
Réponse au commentaire de Nicolas*
Merci d’abord pour cette première contribution à cet article.
Par ailleurs, je partage pleinement vos vues. En ce qui concerne le droit d’accéder à l’université, comme vous le savez sans doute, le débat est ouvert chez les univesitaires eux-mêmes. Nombre d’entre eux (pour l’instant minoritaires) voudraient en finir avec ce droit. C’était par exemple la position de l’ancien Président de l’Université de Paris-Dauphine Jean-Robert PITTE qui, en 2007, a publié un panphlet intitulé “Stop à l’arnaque du bac” (Oh éditions), dans lequel il en appelait à la généralisation du principe de sélection à l’entrée des universités. Il n’est pas le seul à raisonner ainsi.
Comme vous le savez sans doute, pour le moment, certaines universités obtiennent des dérogations pour le faire, mais restent très minoritaires : elles doivent pour cela demander et obtenir le statut d’ “université de technologie”. C’est ce qu’a obtenu il y a quelques années l’université de Paris-Dauphine dans le domaine des sciences éconoiques et de gestion, ou celles de Compiègne, Troyes et Belfort dans celui de l’ingéniorat. Il en existe quelques autres.
Mais pour le moment, ces cas sont rares. Vont-ils le rester si le baccalauréat évolue ainsi que j’en fais l’hypothèse dans mon article ? Le doute est permis et donc la vigilance tout à fait nécessaire.
Bruno Magliulo
Je n’ai jamais vraiment compris en quoi on peut prétendre que l’extension du contrôle en cours de formation serait nécessairement une remise en cause du statut de diplôme national. Que je sache, il y a des diplômes comme le DUT qui sont INTEGRALEMENT évalués par contrôle en cours de formation, bien plus donc que pour ce qui pourrait se passer concernant le baccalauréat, et à qui viendrait-il pour autant l’idée de dire que le DUT n’est de ce fait plus un diplôme national ? Il l’est que je sache, et quand un étudiant réussit un DUT, on ne dit pas “DUT de l’IUT de Montluçon ou de celui de Paris”, on dit DUT tout court.
Par ailleurs, j’ai toujours trouvé réducteur, et pour tout dire, insatisfaisant, que l’on juge de la qualité du parcours d’un élève sur trois années de lycée par un examen qui ne dure que quelques demi journées en fin de classe terminale ! Ce mode d’évaluation pénalise le candidat sérieux et bon sur la durée, mais qui est mal à l’aise en situation d’examen, ou en mauvais forme mentale ou physique le jour de l’examen, ou qui tombe sur un sujet qui le pénalise … ou a contrario favorise injustement le candidat qui, bien qu’ayant accompli un parcours médiocre ou très moyen, tombe sur ses impasses. Bref : l’examen final externe intégral ou large favorise les jugements aléatoires, tandis que l’évaluation par contrôle en cours de formation limite se risque et est donc une évaluation plus objective.
Bref, je suis pour une plus forte dose de contrôle en cours de formation, parce qu’à mes yeux, la bonne évaluation du bac ce n’est pas par un sprint final qu’il faut la faire, mais au terme d’une course de fond qui prend en compte la performance de l’élève dans la durée.
Peter, professeur d’anglais, Bordeaux
Commentaire de la contribution de Peter
Merci d’abord, cher collègue, pour cette intéressante contribution.
Il est vrai qu’il existe bien des diplômes “nationaux”, qui connaissent un mode d’évaluation largement ou totalement fondé sur le contrôle en cours de formation des candidats. C’est en effet le cas du DUT que vous citez, mais aussi de bien d’autres : les bacs pros, les bacs délivrés dans la cadre des lycées agricoles (généraux, technos ou pros), et bien d’autres diplômes nationaux du secondaire comme du supérieur. Il est donc clair que le fait qu’on intègre une plus forte dose de contrôle en cours de formation ne contrariera pas en soi le statut de diplôme national du baccalaurat, du moins si l’Etat décide qu’il en ira ainsi (il peut en décider autrement).
Mais nul ne peut nier que lorsqu’un diplôme est délivré ainsi, surtout lorsque c’est par contrôle intégral en cours de formation (c’est le cas pour le DUT que vous citez en exemple), cela dérive vers un statut non officiel sans doute, mais réel, de “diplôme maison”. Qui peut croire qu’un baccalaréat qui aura été délivé par les professeurs d’un lycée très accompagnateur du 93 par exemple, aura la même valeur, aux yeux des membes des jurys des filières sélectives de l’enseignement supérieur, qu’un baccalauréat délivré à l’issue d’un parcours d’études accompli dans un “grand” lycée traditionnaliste de centre ville ?
Et de ce point de vue, le vrai danger à mes yeux, est la remise en cause du droit d’accès automatique à une filière universitaire de premier cycle pour tout porteur d’un baccalauréat. Il est prévisible que nombre d’enseignants du supérieur, hostiles à ce droit (il en existe plus que vous ne le croyez) se serviront de cette évolution du baccalauréat pour contester ce droit et tenteront de faire évoluer le statut du baccalauréat vers celui qui est désormais dévolu au brevet des collèges : diplôme national certes, mais ne donnant plus le droit à un passage automatique en seconde, alors que ce fut longtemps le cas.
Quand à votre vision d’une plus grande justesse pour le candidat en l’évaluant sur ses performances dans la durée, plutôt que sur l’aléa de sujets posés en fin des années lycée (j’aime bien votre image de la “course de fond” préférable, pour juger l’élève sur la durée et sans aléa, à un simple “sprint final”), je la partage assez largement, tout en vous disant qu’elle va tout de même amplifier le risque précédemment évoqué : chacun sait que certains lycées sont à évaluation plus sévère que d’autres, qu’à niveau et prestations équivalentes, on peut avoir une bonne note dans certains lycées qui se veulent “accompagnateurs”, et de beaucoup moins bonnes dans d’autres établissements qualifiés de “sélectifs”. Pour être équitable, le contrôle en cours de formation, et donc l’ “évaluation maison”, devrait d’abord reposer sur une homogénéisation des pratiques d’évaluation d’un établissement scolaire à l’autre … ce qui est loin d’être le cas, et n’est pas près d’arriver tant les collègues tiennent à leur “liberté pédagogique”.
Merci encore pour cette intéressante contribution et n’hésitez pas à réagir à mon commentaire si vous en ressentez le besoin.
Bruno Magliulo
Merci pour cet article très convaincant. Je crains hélas comme vous que le bac ne soit, à plus ou moins long terme, condamné à devenir une sorte de “brevet des lycées”. Il est vrai que nombre d’universitaires - et pas que de droite même si c’est plutôt de ce côté là de l’échiquier politique qu’on les trouve - appellent de leurs voeux l’introduction d’un système de sélection/régulation à l’entrée des premiers cycles universitaires, et voudraient qu’on cesse de donner à tout bachelier le droit d’entrer dans le premier cycle non sélectif de son choix.
Il est non moins vrai que ce droit a été largment dévoyé : comment comprendre cette largesse ou hyper générosité (c’est comme vous voulez) qui donne le droit à un bachelier professionnel vente et représentation commerciale de s’inscrire en première année de licence de philosophie, ainsi que l’a fait un de mes élèves l’an dernier ? Comment s’étonner que dans les deux mois qui ont suivi, il a réalisé qu’il avait agi n’importe comment ? A bien sur perdu un an , mais aussi, et surtout, beaucoup de ses illusions et espoirs.
Je me suis chamaillé avec certains collègues qui sont contre l’ “orientation activie” telle qu’on la pratique depuis deux ans, et qui vise à responsabiliser les futurs bacheliers dans leur choix de filière supérieure. Ils y voient une forme de sélection et sont donc contre. C’est bien le moins que l’on pouvait et devait faire non ? Ou alors, qu’on dise clairement que la régulation va continuer de se faire par ce qui est à mes yeux le pire : 50% des entrant en première année de licence n’atteindront jamais la licence ! C’est inacceptable.
Et je le dis tout net : l’ “orientation active” est le dernier rempart avant la suppression du droit d’accès à la filière universitaire de son choix pour tout bachelier. Il faut donc que ça marche, sinon !!!!
Robert, professeur d’histoire-géo-lettres en lycée pro
Réponse à Robert
Largement d’accord avec vous. Si on ne réussit pas ce qu’il est convenu d’appeler l’ “orientation active”, on donnera un argument important aux tenants de la généralisation de la sélection à l’entrée de toutes les universités. Ou pire, on aura deux catégories d’universités : celles qui trieront leurs élèves, et seront donc les plus attractives aux yeux des bons élèves, et celle qui ne recruteront que les “laissés pour compte de la sélection”. Cette université à deux vitesse serait terrible !
Je sais que certains diront que cela existe déjà, mais entre le fait d’en rester aux quelques cas particulers actuels (Dauphine, Compiègne …), qui se comptent sur les doigts d’une seule main, et ce qui pourrait se généraliser, il y a une grosse différence non ?
Et il est d’autant plus nécessaire que l’orientation active donne de bons résultats que chacun est désormais d’accord pour dire qu’on ne peut plus accepter un système qui évacue en cours de premier cycle la moitié de ses étudiants . Cette façon de réguler est ce qu’il y a de pire
Merci pour cette contribution
Bruno Magliulo
Il faut vraiment ne jamais avoir travaillé en première année d’une licence pour ne pas comprendre à quel point ce droit absolu de tout bachelier d’entrer dans le premier cycle universitaire de son choix est absurde.
J’enseigne l’économie en première et deuxième année de licence AES (administration économique et sociale). Savez-vous que dans nos universités, moins de 40% de nos étudiants entrés en première année parviennent à la licence, et pour la plupart, en quatre ou cinq années alors que trois devraient suffire ? Savez-vous que si les bacheliers ES réussissent à 75%, les STG (très nombreux dans cette filière), ne sont que 20% à parvenir à la licence, et bien pire, que l’on voit même arriver chez nous de plus en plus de bacheliers professionnels, leurrés par le fait de disposer de ce droit exorbitant d’entrer dans la filière universitaire de leur choix, très attirés pour les bacheliers professionnels tertiaires par la filière AES qui est celle qui leur parait le plus à leur portée (pas fous : ils fuient la filire sciences éco et gestion à cause de l’exigence en maths). Dans mon université, ils ne sont que 3% à décrocher la licence. 3% ! Non mais est-ce que vous vous rendez compte ? Quel gâchis ! Ces élèves auraient évidemment été plus à leur place dans des filières de type BTS, voire IUT.
Michèle, une prof de sciences éco fatiguée de voir débouler dans ses amphis des cohortes de bacheliers promis à l’échec
Réponse à Michèle
Merci d’abord Michèle pour ce témoignage en forme de “coup de gueule”.
Il est vrai que beaucoup de collègues du secondaire ne se rendent pas compte de ce que vivent certains professeurs qui enseignent en premier cycle universitaire, et tout particulièrement en première année du premier cycle licence, mais aussi nombre d’élèves entrés sans trop savoir pourquoi dans de telles filières, où ils échouent si fortement.
Mais vos chiffres prouvent que tous ne sont pas dans ce cas de figure, y compris lorsqu’ils font partie des populations les plus fragiles pour les études universitaires : les bacheliers technologiques et surtout professionnels. La noblesse de nos métiers serait donc de ne pas amalgamer toutes les situations en une sorte de “portrait robot” des élèves indignes d’entrer en université : oui pour les bacheliers généraux (alors que manifestement , une minorité n’ est pas porteuse des pré requis nécessaires pour y réussir), non pour les bacheliers technos ou pros (alors que des minorités significatives - un sur cinq en techno - sont armés pour y réussir).
En d’autres termes, c’est la façon dont on fait les bilans préalables à la décision d’orientation qui est en cause : il faut faire du sur mesure et non du prêt à porter. La bonne question n’est-elle pas la suivante : est-ce que l’élève (chaque élève) a le portrait robot por faire partie de la minorité qui va réussir ? Et si après bilan la réponse est oui, alors qu’il entre en université puisqu’il a ce qu’il faut pour y réussir. Mais cette conception de l’orientation rencontre peu d’écho chez les professeurs (y compris les professeurs principaux), qui se sentent mal préparés à une telle façon d’accompagner les projets d’orientation des élèves, ou pire, ne conçoivent pas leur métier ainsi.
Je suis donc de ceux qui trouvent scandaleux que l’on puisse a priori, dire à TOUS les bacheliers technos ou pros qu’ils n’ont pas le profil pour entrer en université, et inversement que l’on puisse prétendre que TOUS les bacheliers généraux sont a priori formatés pour réussir en université. De la nuance s’il vous plait, et chacun fera mieux les choses !
Quand à ces élèves qui entrent en fac et y échouent alors qu’ils auraient sans doute eu plus de chance de réussir en BTS ou IUT, vous avez raison, mais cette façon de voir les choses rencontre vite des limites. Savez-vous qu’à l’issue de leur bac pro, cette catégorie de bacheliers ne demande à prolonger les études qu’à raison d’un tiers (les deux autres tiers choisissent l’insertion sur le marché de l’emploi, ce qui est logique pour de tels baccalaréats), et que parmi ce tiers de lycéens issus des lycées professionnels qui demande à poursuivre les études dans le supérieur, la grande majorité d’entre eux (trois sur quatre) frappe à la porte des BTS ou DUT justement … d’où la plupart sont blackboulés, non admis, par préférence pour les bacheliers technologiques et généraux. C’est donc faute d’avoir été admis dans ces filières professionnelles courtes, qui ont nettement leur préférence (ce qui prouve que pour la plupart ils sont conscients des difficultés de réussite en université), que beaucoup se retrouvent en première année de fac. Alors leur dire qu’ils auaraient mieux fait de demander à entrer en IUT ou BTS n’a guère de sens : pour la plupart c’est ce qu’ils ont demandé, et on leur a dit non !
bruno Magliulo
Je comprend le raisonnement de Michèle, mais vous avez raison de lui faire remarquer que la plupart des bacheliers professionnels qui aboutissent à l’université, le font faute d’avoir vu leur candidature retenue en BTS (ce qu’ils demandent principalement, car à l’IUT, on ne les prend quasiment pas, ils le savent, et donc font une sorte de recul devant l’obstacle).
J’en veux pour preuve quatre années d’orientation de mes élèves de terminale pro vente. Dans mon LP, nous tenons de telles statistiques à jour depuis la promotion de 2006, et nous nous servons de ces données pour éclairer les familles en mal du “bon choix” en matière d’orientation.
Plusieurs constats :
1. D’année en année ils sont de plus en plus nombreux à vouloir prolonger leurs études
2. Leurs premiers voeux pour cela se concentrent très fortement sur les BTS (surtout), les IUT (dans une bien moindre mesure)
3. Mais on leur refuse encore fréquemment l’accès dans ces filières, arguant qu’il y a priorité pour les bacheliers technos (les STG dans ce cas de figure) et généraux (les ES surtout).
4. Résultat : ils se rabattent par défaut sur des filières comme droit ou AES … où ils échouent largement en effet.
Il suffirait donc qu’on mette en oeuvre une sorte de politique de quotas de places réservées pour les bacheliers pros, dans ces filières supérieures professionnelles supérieures, pour que le problème soit en grande partie réglé. Et cette position me semble d’autant plus justifiée que les taux de réussite en BTS des bacheliers professionnels, sans être mirobolants, sont très nettement supérieurs (45 à 55 % de réussite sur nos quatre promotions) à ceux que ces même bacheliers pros obtiennent à l’université (entre 3 et 7% seulement).
Jean-René, professeur principal en terminale pro vente et représentation commerciale à Lille
Réponse à Jean-René frohl
Merci d ‘abord pour cette très intéressante contribution.
Sachez que les tendances que vous observez dans votre établissement (de plus en plus de demande de prolongation d’études après le bac pro, des difficultés importantes pour accéder aux filières professionnelles courtes qui sont pourtant celles dans lesquelles ces bacheliers obtiennent leurs meilleurs taux de réussite, le refouloir vers l’université où ils échouent pour la plupart …) se retrouve au niveau national. Ce sont donc des tendances lourdes.
Or, comme vous le savez peut être, il a été décidé au niveau européen de permettre que 50% d’une tranche d’âge accède à un diplôme ou une qualification professionnelle de niveau III (donc de niveau bac + 2/3). Cet objectif, auquel la France a adhéré, ne pourra pas etre atteint si les bacheliers professionnels (qui représentent 20% de l’ensemble des bacheliers de 2009), ne parviennent pas à entrer plus aisément dans les filières de type BTS/DUT.
Il faut donc que les acteurs de notre système éducatif soient cohérents par rapport à cette signature au pacte européen que je viens d’évoquer, et facilitent l’accès des bacheliers professionnels en BTS au moins.
Faut-il pour cela en arriver à une politique éducative de “discrimination positive” en aveur des bacheliers pros (c’est bien ce que vous évoquez en parlant de quotas de places réservées) ? C’est une des possibilités qui s’offrent à nous, mais elle n’est pas sans être porteuse de difficultés, et en tous cas suscite débat, parfois passionné comme vous le savez sans doute .
Bruno Magliulo
Ce qui me hérisse dans l’idée qu’on développe le contrôle en cours de formation, c’est le risque d’intervention extérieures à la classe que cela va provoquer. Est-ce qu’on se rend compte, rue de Grenelle, et dans les rectorats, qu’aujourd’hui, les élèves et les parents sont devenus très “consuméristes” ? Dès qu’ils vont savoir que le bac ne sera plus décerné à l’issue d’épreuves externes notées par des examinateurs externes, mais par les professeurs de leurs enfants, je fais le pari que ça va dans certains endroits être l’enfer ! Les parents vont faire pression, c’est sur, et ce sera une entaille de plus à notre “liberté pédagogique”.
Annie, professeur de maths , Marseille
Réponse à Annie
Cette crainte d’une plus grande immixion des familles dans la sphère de liberté pédagogique des enseignants, que provoquerait ipso facto l’extension du contrôle en cours de formation, est un sentiment que j’entend beaucoup, et dont je ne néglige évidemment pas le risque.
Mais force est de constater que là où cela est fait (les IUT, les lycées professionnels, certaines disciplines de l’enseignement secondaire technologique, etc.), les collègues, qui avaient eux mêmes exprimé la même crainte au départ, constatent avec le recul que cela n’a en rien amplifié le phénomène.
Certains disent même que le fait d’être le décideur en matière de note pour le bac renforce le pouvoir du professeur sur ses élèves, ces derniers sachant que si ça se passe mal, ils n’auront pas la possibilité d’espérer pouvoir obtenir malgré tout une note correcte grâce à des copies d’écrit anonymes, et à des évaluateurs qui sont extérieurs au lycée fréquenté. Du coup, comme me l’a dit un professeur rencontré il y a peu, avec qui j’échangeais sur ce sujet, “ils se tiennent pour la plupart beaucoup plus à carreaux”.
Merci en tous cas pour ce point de vue, et je lance d’ailleurs sur ce point un appel à ceux des lecteurs qui voudraient apporter leurs témoignages sur l’évaluation par contrôle en cours de formation.
Bruno Magliulo
Je suis professeur de sciences économiques et sociales dans un lycée privé catholique de Bretagne. Puisque vous en appelez à des témoignages, ou expressions de points de vue, sur le risque de dérapage que ferait courrir l’introduction d’un principe plus systématique de contrôle en cours de formation, je tiens à apporter mon témoignage de prof de l’enseignement privé.
Chez nous, c’est comme chez le psy : comme les parents paient, ils s’impliquent, et ont en tête l’idée que du coup, l’établissement, et ses acteurs (en particulier nous les profs) avons une “obligation de résultat”. C’est d’autant plus vrai que les milieux sociaux de nos familles sont en moyenne plus “élevées” (au sens socio-éconolmques du terme) que dans la plupart des établissements publics, et que le “devoir de vigilence” sur la scolarité des élèves est bien ancré dans l’esprit de la plupart de nos parents. . C’est même une vieille tradition dans nos établissements, bien plus semble-t-il que dans les collèges et lycées publics (du moins si j’en crois mes collègues lorsque je parle de ce problème avec eux).
Je pense donc sincèrement, comme Annie, que le développement du contrôle en cours de formation va non pas créer un problème de pression parentale (il existe déjà), mais l’amplifier. Je vois déjà comment ils se comportent dans le cadre de l’orientation de leurs enfants, ce qu’ils sont capables de faire pour obtenir satisfaction sur leur premier voeu… alors je n’ai guère d’illusion sur ce que va déclencher la généralisatioon du contrôle en cours de formation : les professuers des discipines concernées seront évidemment soumis à un regard très prégnant des parents d’élèves, et des élèves eux mêmes bien sûr.
Avatar que je signale en passant : chacun sait qu’en matière d’évaluation, s’il existe des lycées (et collèges) “accompagnateurs”, dans lesquels on ne pratique pas une politique d’évaluation trop sévère, il en est d’autres au contraire qui utilsent à fond l’arme de l’évaluation sanction. Ceci explique que les élèves de ces établissements secondaires “sélectifs” voient chaque année leurs élèves obenir au bac des notes plus ou moins nettement supérieures celles qu’ils obtiennent au lycée. Si le contrôle en cours de formation se développe, et que dans ces lycées “sélectifs” on ne modifie pas les pratiques d’évaluation des élèves, alors on devrait avoir une nette diminution des taux de réussite au baccalauréat par rapport à ce qu’on observe aujurd’hui dans ce genre d’établissement. Est-ce qu’on va pouvoir tolérer ce genre d’écart ? Je pronostique que non, que les équipes de direction et les associations de parents d’élèves vont tirer la sonnette d’alarme, et exiger de leurs professeurs, des évaluations moins “couperet”, plus … laxistes ou encourageantes, choissez le terme qui vous convient. Croyez moi, dans certains établissements, ce serait une révolution … et le mien en fera partie !
Sophie, professeur de SES , académie de Rennes, enseignement privé sous contrat
Réponse à Sophie
Merci d’abord Sophie pour ce témoignage et les réflexions qu’il apporte à notre débat. Vous mettez le focus sur deux points importants, qui sont parfois mal connus de certains de nos collègues :
1. Le fait que dans le secteur d’enseignement privé, du fait des catégories socio-professionnelles dominantes qui sont celles de la majeure partie de vos élèves, mais aussi du fait de l’existence de droits de scolarité plus ou moins élevés, mais obligatoires pour tous (sauf cas particuliers), le “consumérisme des familles est en moyenne sans commune mesure avec ce que l’on peut observer dans les établissements de statut public.
Je vous ferai seulement remarquer que l’on trouve des comportements extrêmement consuméristes dans nombre de lycées publics, tout particulièrement dans ce qu’il est convenu d’appeller les “grands lycées de centre ville” (Chateaubriand à Rennes, Henri IV à Paris, Masséna à Nice, Pierre de Fermat à Toulouse, Ampère à Lyon, etc.). Force est de constater que dans ces établissements, les familles étant issues des mêmes catégories socio-professionnelles (CSP) que celles des lycées privés sous contrat, leurs comportements sont très ressemblants.
J’en tire la conclusion que le discriminant privé/public que vous évoquez, est moins explicatif que le disciminant “CSP d’appartenance de la famille”. Mais j’admet que le fait que dans vos établissements, contrairement à ceux du secteur public, les familles paient pour la scolarité de leurs enfants, donne à cette réalité consumériste une dimension particulière.
2. Très intéressante votre évocation des différences de “culture d’évaluation” d’un établissement à l’autre. Si le “bon lycée” est celui qui conduit ses élèves au plus près de 100% de réussite au baccalauréat, alors les lycées “sélectifs” risquent fort de payer (en terme d’image) le prix de leur excès de sévérité par rapport à des lycées plus “accompagnateurs”. Mais les usagers seront-ils dupes ? A qui viendrait-il à l’idée de dire que l’Ecole supérieure de commerce d’une ville moyenne de province est meilleure que l’Ecole des HEC (hautes études commerciales) sous prétexte que dans le premier cas, 60% des candidats sont admis, alors que dans le deuxième ce n’est qe 10% ? En réalité, ce serait même plutôt l’inverse. Et si on se dirige vers des “baccalauréats maison” , alors la façon de lire les taux de réussite va évidemment changer.
Merci pour cete contribution très intéressante
Bruno Magliulo
Vente maison Bretagne…
Article intéressant, merci pour ces infos. Bonne continuation. Publication sur notre page Facebook et notre compte Twitter : Vers une profonde réforme du bacalauréat | Conseils de classe….
quel avenir pour le bac ST2S?
N’est-il pas voué à disparaître avec la mise en place des bac pro carrières sanitaires et sociales et peut-être du bac pro services à la personnes?
Réponse à Berto
Il est vrai que la création du bac pro que vous citez donne à certains le sentiment d’une sorte de double emploi par rapport au bac techno ST2S. Mais en réalité, c’est faux.
Faux car un bac techno n’a pas (contrairement à un bac pro) l’objectf de préparer ses élèves à s’insérer sur le marché de l’emploi directement après le bac. Le fait qu’il comporte une dominante d’enseignements généraux, explique que ses diplômés se tournent presque tous vers les filières d’études supérieures telles que certaines écoles paramédicales (notamment les instituts de formation aux soins infirmiers), les écoles du secteur social aussi, certains BTS et DUT (carrières soailes, économie sociale et familiale, etc.)
C’est la raison pour laquelle le ministère a décidé que, dans le cadre de la réforme du lycée général et technologique, la filière ST2S serait sauvegardée… du moins pour le moment ! A plus long terme, la question pourrait être un jour posée, mais pas dans l’immédiat.
Sur ce point, je vous invite à lire n autre article publié sur ce blog, intitulé “Quel avenir pour les bacs technologiques ?”
Pour aller plus loin, dans la collection l’Etudiant :
- Le guide de l’orientation au lycée (de la troisième à l’après-bac) : les différences entre les bacs pros et technos
- Que faire avec un bac ST2S/STI/STL
Par l’Internet : www.letudiant.fr (rubrique “librairie”)
N’héstez pas à me poser une autre question si vous le désirez
bon courage et bonne chance
Bruno Magliulo
Il y a une chose que je ne comprend pas. Je sais que compte tenu de la hiérarchie des voeux d’orientation des élèves des classes terminales françaises, une forte préférence s’exerce au profit des filières sélectives, au détriment de l’université qui, du coup, accueille en moyenne en première année des premiers cycles licence les lycéens les plus moyens… donc les moins bien dotés pour la réussite.
De gros efforts ont été entrepris depuis quelques années pour améliorer l’encadrement de ces lycéens “bas de gamme” (sauf cas particulier), et donc permettre à un plus grand nombre d’entre eux de russir à décrocher une licence. Mais ce n’est là que “replatrage”, et nombre d’universitaires souhaitent pouvoir organiser une sélection à l’entrée, à l’instar des écoles, classes prépas, IUT, etc.
Or, j’observe que si le principe est que c’est interdit … certaines universités semblent avoir bénéficié d’une dérogation qui les autorise à le faire. C’est ainsi, par exemple, que l’université Paris-Dauhine a le droit de trier les candidats à l’admission en première année de ses licences en sciences économiques et gestion, alors que la quasi totalité des autres n’a pas ce même droit.
Comment interpréter ce “deux poids/deux mesures” ? Sont-ce de simples cas particuliers qui ne sauraient se généraliser, ou le prémice d’une généralisation à venir du principe de sélection à l’entrée des premiers cycles universitaires ?
Et si cette deuxième position est la bonne, que se propose-t-on de faire pour les dizaines de milliers de bacheliers en bonne et due forme qui ne trouveront plus de place dans l’enseignement supérieur ?
Jean, professeur d’anglais, Strasbourg
Réponse à Jeambar
Merci d’abord pour ce commentaire en forme d’interrogation que je comprend fort bien.
Oui, vous avez raison, de plus en plus d’universitaires réclament une dérogation au principe général de non sélection à l’entrée des premiers cycles universitaires, et donc demandent que le baccalauréat cesse de$’pcroyer à ceux qui parviennent à s’en doter un droit d’enrer en première année de premier cycle licence. Si la règle demeure pour la plupart, force est de constater que depuis une dizaine d’années, un nombre croissant d’universités ont obtenu de telles dérogations.
C’est la cas de Paris-Dauphine en sciences éco et de gestion, mais aussi de Compiègne, Belfort et Troyes pour les sections “sciences de l’ingénieur”, Nanterre pour les bi-licences droit/langues et économie/langues, etc.
Pour le moment, ces dérogations n’ont été accordées qu’au compte goutte, et donc ne concernent qu’une poignée de cas particuliers d’universités qui n’accueillent qu’une toute petite proportion des flux d’étudiants dans l’océan de ceux qui continuent de bénéficier du droit d’entrer dans la filière universitaire de leur choix dès lors qu’ils sont demandeurs et reçus au baccalauréat.
Mais comme vous, certains s’interrogent : ces cas particuliers ne risquent-ils pas de faire tâche d’huile, de s’étendre, au point que, petit à petit, ce qui n’est encore que très exceptionnel le soit de moins en moins, jusqu’au jour où ce principe de sélection à l’entrée des universités deviendra une sorte de norme, l’exception devenant les cas des universités non sélectives à l’entrée ?
Nul ne peut nier que ce risque existe, les forces qui agissent en vue d’aller dans ce sens étant là, et menant, à visage découvert ou en catimini, un combat en vue de tendre vers cela.
Pour le moment, les universités qui demandent qu’on étende ce droit à la sélection à l’entrée sont les universités les plus réputées, celles qui voient affluer chaque année un beaucoup plus grand nombre de demandeurs d’admission qu’il n’existe de places pour les accueillir. Ainsi, par exemple, à Paris, des universités comme Paris-Assas, Paris-Sorbonne… demandent cela, du moins comptent dans leurs rangs une majorité ou une minorité très active d’acteurs (professeurs, étudiants …) qui le souhaitent.
Le risque alors serait l’émergence d’une université à deux vitesses, avec quelques dizaines de formations qui fonctionneraient sur le modèle “grande école”, et d’autres qui recueilleraient le tout venant des classes terminales. Ainsi serait résolu, mais de façon très “libérale”, le phénomène que vous évoquez : celui de ces bacheliers trop moyens pour être admis dans les unversités les plus réputées, donc sélectives, qui seraient tenues de s’inscrire dans celles qui continueront d’accueillir les masses les plus fragiles.
Le pire serait évidemment un système dans lequel TOUTES les universités seraient autorisées à sélectionner à l’entrée. Je n’imagine pas qu’un gouvernement , même d’esprit ultra libéral, ose aller dans une telle direction en France, mais sait-on jamais ? Alors, et alors seulement, se poserait la question que vous soulevez en fin de votre commentaire : que ferait-on des bacheliers qui ne seraient admis dans aucune filière supérieure ? Bonne (et rès sensible) question !
N’hésitez pas à réagir aux propos que je vous exprime en réponse à votre commentaire.
Encore merci pour cette contribution au débat
bruno Magliulo
Bonjour monsieur,
je vous remercie de votre prestation au lycée Louise de Marillac, très éclairante en ce qui concerne les conséquences de la réforme sur l’organisation de la classe de seconde.
Je viens de lire votre article “vers une profonde réforme du baccalauréat” et l’échange auquel il a donné lieu. Mon attention a été retenue par la notion d’ “orientation active” évoquée par l’un des bloggeurs. J’ai bien eu le temps, depuis bientôt vingt ans que j’enseigne, de percevoir la nécessité et le devoir pour un professeur d’orienter activement (et si possible efficacement) ses élèves. Pourriez-vous, cependant, expliciter concrètement ce que doit être une “orientation active” dans le cadre de la nouvelle seconde? Quelles suggestions feriez-vous à l’enseignant ayant en charge d’organiser le module de seize heures au cours duquel chaque élève élaborera ses choix d’orientation? Quelles recommandations, pour que, indépendamment de toutes les formations qui ne manqueront pas de nous être proposées, nous prenions et amenions nos élèves à prendre des décisions éclairées? Non pas “que faire?”, mais: “quels nouveaux paramètres ne devons-nous pas manquer d’intégrer?”
Anne- France Grenon, professeur de lettres.
Réponse à Anne-France GRENON
Merci d’abord pour ce commentaire, et votre bonne appréciation de mon intervention dans votre lycée.
L’ “orientation active” est un concept dont on parle depuis quelques années, mais qui est entré dans les moeurs et les textes réglementaires assez récemment, du moins en France.
L’idée générale est la suivante : depuis de nombreuses années, dans notre pays, l’orientation conduit, en matière d’orientation scolaire, à prendre des décisions visant à dire “ce pour quoi l’élève n’est pas fait”, plutôt que ce pour quoi il est fait.
Prenons l’exemple du premier pallier d’orientation qui se présente en fin de troisième. Il est essentiellement basé sur les résulats des élèves dans les enseignements généraux (et c’est d’ailleurs logique puisque le “collège unique” est quasi intrégralement constitué des seuls enseignements généraux). Comment, dans de telles conditions, orienter positivement vers l’enseignement professionnel, ou encore vers les voies technologiques en fin de seconde générale ? Ne faudrait-il pas revoir le tronc commun du collège afin qu’y soient introduit une certaine part (minoritaire, mais significative) d’enseignements de “découverte professionnelle et technologique” (à l’instar de ce qui se fait dans la plupart des autres pays), susceptible de préparer plus positivement l’orientation vers des voies d’études au lycée autres que srictement secondaires ?
Mais c’est tout particulièrement en fin de terminale que se pose le problème le plus grave, avec ce droit absolu laissé aux lycéens ayant réussi à se doter du baccalauréat, de choisir la filière universitaire de leur choix. En l’état actuel des choses, ces derniers bénéficient d’un droit exorbitant que conduit beaucoup d’entre eux à des choix inadaptés , et donc à l’échec (comme vouis le savez, 50% des bacheliers entrant en première année de premier cycle universitare ne décrocheront jamais la licence !). Comment respecter ce droit à la poursuite des études, et donc le principe de non sélection à l’enrée des universités, tout en les incitant à faire des choix d’études supérieures plus conformés au profil de chacun, et donc susceptible d’en conduire un plus grand nombre à la réussite ?
La réponse est dans l’ “orientation active”, qui vise à responsabiliser les bacheliers et leurs parents afin qu’ils soient plus incités qu’aujourd’hui faire des choix adaptés à leur profil (quel bac ? Quels résultats matière par matière ? Quel projet professionnel s’il en existe un ? Quelles capacités transversales telle que l’autonomie par exemple ? Etc.).
L’idée est de mieux les informer, les forcer à plus et mieux réfléchir à ce qui se profile derrière leurs choix, à s’interroger sur leur capacités respectives à y réussir… tout en leur conservant une réelle liberté de choix. Pour reprendre une expression : “on veut les aider à user rationnellement de cette liberté du choix, donc en se responsabilisant”.
Du coup, cela demande de la part des acteurs de l’orientation (et tout particulièrement des professeurs, surtout dans les établissements privés qui ne disposent que fort rarement d’un conseiller d’orientation-psychologue), un investissement et des méthodes d’approche de cette part de leur métier, sans commune mesure avec ce qu’on attendait d’eux dans le passé. C’est indéniablement un des aspects principaux du “changement du métier d’enseignant” que j’ai évoqué dans mon intervention à propos des réformes.
Je crains que les dispositifs traditionnels n’y suffisent pas, tant la charge s’alourdit, devient plus complexe, et suppose de la part de celles et ceux qui s’y livrent, des capacités qui font aujourd’hui encore en grande partie défaut, parce qu’on ne s’est pas encore vraiment donné les moyens d’accompagner les professeurs à cette nouvelle conception de l’orientation.
Cela ne se fera pas sans deux choses :
1. Un accompagnement des professeurs eux-mêmes, notamment par la formation continue
2. Une redéfinition des rôles des professeurs plus particulièrement chargés de l’orientation, avec notamment des “profils” nouveaux (par exemple : des professeurs spécialistes de l’orientation dans une filière : ES, L, S, STI , etc.)
3. Une revalorisation salariale : à nouvelle façon de définir le “référentiel métier” des enseignants, nouveaux modes de rétribution.
Encore merci pour votre contribution, et n’hésitez pas à réagir à ma réponse si vous le désirez
Bruno Magliulo
Qui peut nier qu’au plus un examen se délivre sur contrôle en cours de formation, au plus il s’agit d’un “diplôme maison” , et donc au moins d’un vrai “diplôme national”. Pour que cette dernière qualité soit conférée à un diplôme, il faut évidemment qu’il soit collationné par un jury externe, ou au moins très largement externe.
Or, si comme vous le prévoyez, et je suis d’accord avec vous sur cette prévision, on va vers de plus grandes doses de contrôle en cours de formation pour le baccalauréat, alors, vous aurez beau maintenir un “statut réglementaire” de diplôme national, chacun saura que ce diplôme a été principalement délivré par un jury composé des professeurs de l’établissement.
Or, comme chacun sait, être évalué dans un “lycée sélectif”, ça n’est pas la même chose que de l’être par des professeurs d’un “lycée accompagnateur”. Qui pourra par exemple prétendre que les professeurs d’un lycée populaire du 93, notent de façon comparable par rapport à ceux des “grands lycées” du Quarier latin de Paris ? Ce sera évidemment la porte ouverte à ce qu’on ne parle plus du baccalauréat, mais du baccalauréat obtenu à l’issue d’une scolarité au lycée Henri IV de Paris, par rapport à celui délivré au lycée public de La Courneuve.
Le Ministère aura beau continuer de prétendre que “tout ça c’est du pareil au même” puisque le statut réglementaire sera ceui d’un “diplôme national”, chacun, en réalté, fera la différence, à commencer par les établissements supérieurs qui sont autorisés à faire de la sélection à l’entrée … les plus nombreux je vous le rappelle !
Qu’en pensez-vous ?
Louis-Jean, parent d’élève, Paris
Réponse à Louis-jean
Je comprend bien votre raisonnement et ne puis que vous dire qu’en effet, on aura beau donner au futur bac le statut de “diplôme national d’Etat”, si on introduit des doses importantes d’évaluation en cours de formation, au point que la part des évaluations finales externes soit réduite à peu de choses, alors en effet, chaque “recruteur” se demandera dans quel lycée ce bac a été préparé, et les différences de réputation joueront à fond.
On nous rétorquera que c’est déjà en grande partie le cas, que par exemple, lorsqu’un candidat à une classe préparatoire dépose un dossier de candidature dans un lycée, on tient compte de la “réputation” de son établissement d’origine. Certes, mais là, avec une généralisation du contrôle en cours de formation, on amplifiera la trait ! Il deviendra clair aux yeux de tous que chaque baccalauréat aura été délivré au sein de l’établissement d’origine.
Tout va donc être question de dosage. Je ne pense pas qu’on assiste à une généralisation du contrôle en cours de formation. Ce qui se prépare, c’est une extension du nombre de matières évaluées de cette façon, avec maintien, pour chaque bac, d’une sorte de “noyau dur” d’épreuves qui continueront d’être évaluées par jury externe. Sans doute trois ou quatre ! Lesquelles ? Rien n’est encore décidé à ce jour : mais il faudra bien le dire point trop tardivement car il est clair que le nouveau bac devant connaître sa première édition au printemps 2013, lorsque les lycées qui vont découvrir le lycée réformé en seconde à la rentrée prochaine parviendront en fin de terminale, cela va assez vite venir. Et si on doit s’appuyer sur une évaluation dans la durée, donc sur le parcours première/terminale, alors il faudra que les décisions soient prises dans le courant de la prochaine année scolaire.
Merci encore pour cette intéressante contribution
bruno Magliulo
Merci beaucoup d’avoir répondu, et si vite alors que nous devons décider de l’orientation aujourd’hui.
Hélas votre réponse ne m’apparait pas sur votre blog. Or elle nous importe au plus haut point compte tenu de votre grande expérience et connaissance dont nous avons bénéficié par toutes vos présentations, excellentes, auxquelles nous avons assisté, vos livres et vos conseils que nous avons lu et appréciés, avec grand intérêt.
A toutes fins je vous retransmet notre question, sur votre blog: Notre fils, en première S, doit opter pour une spécialisation en Terminale - math, physique chimie ou svt -. Il veut faire médecine. Que choisir pour y mieux réussir ? Il ira vers les facs les plus proches, paris 7 ou 5, voire 6 ou en ceinture.
J’y ajoute quelques précisions au delà, hors blog : Motivation affirmée, depuis plusieures années déjà. Profil scientifique. Stage en hopitâl. Lui convient bien. 13 de moyenne générale, 11 en math, 13 en physique chimie, 15 en svt. Bon potentiel, réussites proportionnées à motivation et travail, souvent plutôt peu et irrégulier. Intérêt marqué pour médecine, chirurgie en particulier, médecine générale, autres aussi; mais pourrait aussi faire prépas scientifiques ou commerciales, sciences po, autres; motivation en questionnement. Aime beaucoup svt, pas mal physique chimie, pas trop les maths abstraits, pas mal pour les executer.
Maintenant, il faut choisir une spé. Laquelle ?
Par avance, merci beaucoup de vos vues et conseils.