Luc Chatel, Ministre de l’Education nationale, a profité du cadre du Salon de l’éducation de Paris, pour présenter, le jeudi 19 novembre, les détails de son projet de réforme du lycée général et technologique. Après les déclarations d’intention faites en septembre, qui consistaient en une liste d’objectifs relativement vagues à atteindre (voir notre article précédent sur “La réforme du LEGT 2″), on passe aux choses sérieuses : le remodelage des diverses séries, les changements horaires  (et sans doute de divers programmes d’enseignement), des précisions sur la façon dont on va redonner aux familles l’envie de s’orienter en L, sur ce que l’on entend par “rééquilibrage” des séries, et tout particulièrement ce que l’on veut faire pour lutter contre la prééminence de la voie S, ce que l’on fera des heures “d’accompagnement individualisé des élèves”, comment on envisage de “rendre l’orientation réversible”, comment on envisage de réduire les taux de redoublement, etc. Bref : après la peau (la surface), on s’attaque à l’os (le fond). Il était temps puisqu’on envisage très sérieusement de mettre ceci en application en seconde dès la rentrée 2010 !

1°) La nouvelle classe de seconde générale et technologique :

En apparence, peu de changements : la seconde G/T reste une “classe de détermination”, à l’issue de laquelle les élèves continueront de se répartir entre les diverses voies de préparation des divers baccalauréats généraux et technologiques dont ni la liste, ni les intitulés, ne subiront le moindre changement. Mais si on veut bien lire le texte de présentation du projet de réforme dans ses détails (disponible sur le site www.education.gouv.fr), on s’aperçoit que les modifications sont loin d’être marginales.

La nouvelle seconde G/T comporterait (sous réserve d’une évolution du projet, toujours possible tant qu’on est en phase de concertation), 28h30 d’enseignements obligatoires (enseignements au choix compris), contre 30 à 38 h (selon les enseignements obligatoires au choix pris par les élèves) dans la seconde actuelle. On assiste donc à une très significative réduction des horaires d’enseignement de cette classe ! La réforme de la classe de seconde ne se fera même pas à coûts constants, elle se fera à coûts descendants !

Nouveauté : la seconde langue étrangère, qui faisait partie des enseignements optionnels de détermination (mais que nombre de lycées ont rendu obligatoire), fait désormais partie du tronc commun, et donc devient un enseignement obligatoire pour tous, ce qui est indéniablement un progrès .

Du coup, puisqu’il existe toujours “deux enseignements obligatoires au choix” (que dans la seconde actuelle on appelle “enseignements de détermination”, alors que ce seront des “enseignements d’exploration” dans le lycée réformé), le nombre d’enseignements obligatoires que l’on pourra ainsi choisir augmente de un, ce qui est un autre progrès. Mais le volume horaire qui leur est consacré est fortement réduit  (1h30 par semaine chacun au lieu de 2h30 à 5 h pour les actuels enseignements de détermination), ce qui donne aux professeurs qui en seront chargés l’impression d’un saupoudrage potentiellement inefficace.

Si la liste de ces “enseignements d’exploration au choix” comporte des intitulés qui sont les mêmes que dans celle des “enseignements de détermination” de la seconde actuelle (sciences économiques et sociales, arts,  sciences médico-sociales, etc.), d’autres seraient profondément remaniés (sciences de l’ingénieur, économie appliquée et gestion, physique et chimie de laboratoire …), voire nouveaux (biotechnologies, littérature et monde contemporain, méthodes et pratiques scientifiques, conception de produits industriels …). Bien entendu, comme aujourd’hui, aucun lycée ne proposera l’ensemble des ces enseignements d’exploration. D’autres enfin disparaissent purement et simplement de la liste des enseignements obligatoires au choix (LV3, latin, grec classique, mesures physiques pour l’ingénieur …). Par contre, certains de ces enseignements pourront être choisis en tant qu’options facultatives, sous réserve bien sur de l’offre de chaque établissement (notons que ce ne sera pas le cas de l’enseignement de MPI qui disparait purement et simplement, ce qui déplait fortement aux partisans d’une filière S d’excellence, qui ne voient pas dans l’enseignement de “méthodes et pratiques scientifiques” un enseignement équivalent en rigueur et sérieux scientifique).

Mais le plus étrange sans doute, est que l’un de ces deux enseignements obligatoires d’exploration sera obligatoirement un enseignement d’économie (ce qui est bien en soi : enfin, tous les élèves de seconde G/T recevront un enseignement obligatoire d’économie), mais qu’ils DEVRONT choisir entre “sciences économiques et sociales” (type bac ES), ou “économie appliquée et gestion” (type bac STG). Le deuxième enseignement d’exploration sera donc nécessairement choisi dans le reste : SMS, biotechnologies, physique et chimie des laboratoires, sciences de l’ingénieur, conception des produits industriels, méthodes et pratiques scientifiques, littérature et monde contemporain, arts, et éventuellement celui des deux enseignements d’économie qui n’a pas été choisi en premier enseignement d’exploration obligatoire (ainsi, certains élèves pourront recevoir un enseignement de SES ET un enseignement d’économie appliquée et gestion).

Deux heures hebdomadaires obligatoires d’ “accompagnement personnalisé” des élèves seront inclus dans l’emploi du temps des élèves, et confiés à des personnels enseignants. Certains font remarquer qu’il existe déjà, dans la seconde actuelle, deux heures par semaine d’ “aide individualisée” (en réalité, en petits groupes pouvant compter jusqu’à huit élèves). Mais ce n’est pas la même chose : l’aide individualsée est strictement réservée au français et aux mathématiques. Dans la future seconde, il appartiendra à chaque établissement de décider ce qu’elle met dedans et comment elle en fixe les objectifs, contenus, et modes d’évaluation : cela pourra concerner n’importe quelle discipline, et ne pas se limiter au soutien scolaire (on pourra y mettre de l’approfondissement, de l’accompagnement du projet d’orientation, des ateliers de pratiques culturelles, artistiques, sportives, linguistiques, sociales …). Les choix seront donc faits localement, dans le cadre de l’autonomie de gestion pédagogique (et financière) de chaque établissement.

Constatons qu’en ce qui concerne les enseignements de tronc commun (hors les deux enseignements d’exploration), la plupart des disciplines voient leurs horaires hebdomadaires revus à la baisse : 4h de français (au lieu de 4h30), 3h d’histoire-géo (3h30), 3h de physique-chimie (3h30), 1h30 de SVT ( 2h). Seuls les enseignements de mathématiques, EPS, LV1 et LV2, et ECJS, retrouvent leurs volumes antérieurs. Venant s’ajouter au réductions horaires signalées des enseignements d’exploration (1h30 x 2, contre 5 à 8 en tout dans le lycée actuel), nul doute qu’il y a là motif à cristalliser les oppositions de nombre d’enseignants qui n’accepteront pas facilement cet état des choses, et commencent déjà à se mobiliser pour lutter contre ce qu’ils vivent comme étant inacceptable.

Mais surtout, ne peut-on faire à ce projet de nouvelle classe de seconde le reproche d’être antinomique de l’objectif affiché de rééquilibrer les filières en luttant contre la prééminence de la voie S ? Force est de constater que cette “nouvelle” classe de seconde reproduit l’un des défauts majeurs de l’ancienne : elle est , et demeure, une sorte de “propédeutique” de la voie S dans la mesure ou seule cette dernière voit ses enseignemens fondamentaux (maths, physique-chimie, SVT) maintenus dans le tronc commun de seconde, alors que pour toutes (nous disons bien TOUTES) les autres voies, si les élèves veulent se préparer à y entrer au niveau première, ils doivent prendre un enseignement d’exploration supplémentaire : SES pour le ES, littérature et monde contemporain pour la L, économie appliquée et gestion pour la STG, conception de produits industriels pour la STI, sciences médico-sociales pour la ST2S, physique et chimie des laboratoires pour la STL, etc. Si nos gouvernants ne profitent pas de ce projet de réforme pour corriger en seconde ce travers fréquemment dénoncé, alors on peut douter de la sincérité du discours sur le rééquilibrage des séries.

2°) Les nouveaux parcours première/terminale :

Commençons par regretter vivement cette erreur de communication qu’est le fait que dans le projet annoncé, et les documents présentés, il n’est pour le moment possible d’avoir des détails que sur les seules classes de premières et terminales générales (ES, L et S). Cela viendra certes ultérieurement, en particulier lorsque l’inspection générale aura planché sur les nécessaires rénovations préalables des voies STI et STL, mais en attendant, cela a profondément irrité les équipes de direction et enseignants qui interviennent dans les voies technologiques. Il aurait été pour le moins nécessaire qu’on leur explique pourquoi, ce qui n’a été fait que du bout des lèvres.

Nouveauté intéressante : l’augmentation, en classes de première (ES, L et S), de la part des “enseignements communs” (français, LV1 et 2, histoire-géographie, EPS, ECJS, TPE) qui passeraient de 50% (actuellement) à 60% (dans le nouveau lycée), dans le but de faciliter les réorientations (le fameux “droit à l’erreur de choix”) en cours ou en fin d’année scolaire de première. Certains font remarquer que l’absence de tout enseignement scientifique ou mathématique dans ce tronc commun prouve que décidément, la voie scientifique demeure une voie à part, “pas comme les autres”. Décidément, contrairement au discours affiché, la voie S  a encore de beaux jours devant elle en tant que voie numéro un !

Autre nouveauté : l’introduction en première et terminale de deux heures par semaine d’accompagnement personnalisé inscrits dans l’emploi du temps des élèves, et confiés à des personnels enseignants. Le champ d’application de ces heures sera le même que celui présenté pour la classe de seconde.

On constate la disparition, en classe de première, des actuels “enseignements de spécialité” qui étaient proposés aux élèves admis en première ES. Rien de changé par contre pour les L (qui auront toujours la possibilité de choisir, en plus de tronc commun, un enseignement complémentaire d’arts ou de maths appliquées, ou de LV3 ou d’approfondissement en LV1 ou LV2, ou de langues de l’antiquité). Rien de changé non plus pour les S  qui continueront, en première, de pouvoir choisir entre sciences (SVT et physique/chimie), ou sciences de l’ingénieur.  On se demande bien pourquoi la voie ES est la seule, NOUS DISONS BIEN LA SEULE, à subir un tel sort ! Ainsi, c’en serait fini de la possibilité pour les ES de choisir un complément d’enseignement de sciences politiques (qu’en pense Richard Descoings, le directeur de Sciences po’ Paris, et l’un des “parrains” les plus impliqués dans la préparation de ce projet de réforme ?), ou d’élargir leur champ de compétence en maths ou langues, quand les L et S continueront de pouvoir faire des choix de ce type. Pourquoi cette différence, pourquoi ce mauvais sort fait à la seule série ES ? En terminale par contre, les élèves de ES, S et L continueront de pouvoir choisir un enseignement de spécialité, avec diverses modifications cependant en ce qui concerne les listes des enseignements qui leur seront proposés.

 Mais surtout, quand on compare les horaires des anciennes classes de première et terminale ES, S et L, à ceux des classes du lycée réformé, le compte bien sur n’y est pas, du moins dans certaines disciplines. C’était sans doute inévitable compte tenu de l’introduction des deux heures hebdomadaires d’accompagnement individualisé, de l’introduction d’enseignements nouveaux visant à redorer le blason de la voie L (”droit et grands enjeux du monde contemporain” par exemple), mais cela ajoute à la crispation naissante de nombre d’enseignants, qui voient d’un mauvais oeil le fait que leur enseignement est ainsi plus ou moins sacrifié sur l’autel d’une réforme que l’on veut faire à coût constant, et en tenant compte du fait que bien sur, il n’est guère envisageable d’ajouter des heures d’enseignements à ce qui existe déjà. Il faut bien se montrer raisonnable au regard du volume global d’heures exigé des élèves de ce pays, l’un des plus élevés du monde rappelons-le !

3°) Mieux prendre en compte le “droit à l’erreur” (des élèves, mais aussi des conseils de classe) en matière d’orientation :

Le système actuel est considéré comme étant trop rigide en matière d’orientation. Chacun sait par exemple qu’un élève qui, en fin de seconde, aurait été orienté en première S, et qui découvrirait au cours des premières semaines qu’il n’est pas à sa place dans cette voie, a droit de passer automatiquement en terminale S (et n’est donc pas incité à se réorienter vers une voie plus conforme à son profil), ou, si avec ses parents il se montre raisonnable, devra attendre la fin de l’année scolaire pour éventuellement redoubler (volontairement dans ce cas) et se réorienter (en L, ES, STI…). N’y a-t-il pas mieux à faire ? Est-il impensable de permettre certaines réorientations avant le départ en vacances de novembre, ou de Noël, voire à la fin du premier semestre, et de rendre possible la réussite de telles décisions de réorientation par la mise en oeuvre de modules d’accompagnement (enseignements individualisés ou en petits groupes dispensés par des enseignants du lycée, visant à remettre l’élève réorienté à niveau dans les disciplines pour lesquelles c’est souhaitable) afin de faciliter les choses, donc d’améliorer la réussite d’un plus grand nombre d’élèves ? Ne pourrait-on ainsi réduire les taux de redoublements dans l’enseignement secondaire français, qui sont parmi les plus élevés si on veut bien les comparer à ceux observés dans d’autres pays à niveau de développempent comparable ?

4°) Mettre en place un véritable plan d’accompagnement … des professeurs à ces tâches nouvelles :

Il me semble évident que les enseignants accepteront d’autant plus volontiers cette nouvelle conception de l’orientation, les nouvelles façons d’enseigner que ces évolutions entraînent, certains sacrifices horaires concernant leurs disciplines respectives… qu’on les préparera à ces tâches nouvelles par un véritable … accompagnement des professeurs eux-mêmes (un professeur rencontré il y a peu me disait fort justement en avoir “marre de n’entendre parler que du nécessaire accompagnement des élèves, et si peu du non moins nécessaire accompagnement des professeurs”).

Et enfonçons le clou : quid de la nécessaire revalorisation financière en particulier) du métier d’enseignant que tout cela mériterait que l’on mette en oeuvre ? Est-il incongru de dire que si on veut que les professeurs travaillent plus et autrement, il faudra se donner aussi les moyens d’en tirer les conséquences salariales, d’autant que chacun reconnait qu’ils sont bien moins payés que dans nombre d’autres pays, où le métier est autre, c’est vrai ? On m’oppose que “le contexte budgétaire actuel ne permet pas cela”. Alors, il ne faudra pas s’étonner que les plus réfractaires à ces évolutions se servent de cet argument pour s’opposer à ces réformes. Il est vrai que c’est souvent un alibi pour ne pas évoluer. Mais pas toujours, et même si c’est le cas pour certains, raison de plus pour lever cet obstacle.

5°) Va-t-on réformer “en bloc” dès la rentrée 2010 ?

En l’état actuel des annonces ministérielles, la réforme sera appliquée en seconde dès la rentrée 2010. Mais il n’est pas interdit de penser qu’une mise en oeuvre en souplesse sera prônée. Cela permettrait de “donner du temps au temps” de la négociation qui s’est engagée, de permetre aux équipes, dans les établissements, de bien préparer la mise en oeuvre de la réforme, de ne pas commettre à nouveau les erreurs du ministre précédent qui avait voulu imposer un calendrier précipité et difficile à mettre en oeuvre, y compris par ceux qui, pourtant, étaient favorables à la réforme projetée il y a un an. C’est la méthode qui a si bien réussi à la mise en oeuvre de la réforme du lycée professionnel. Pourquoi ne pas l’étendre au lycée général et technologique ? Ainsi, en 2010, on assisterait à un début de mise en oeuvre, de tout ou partie du “nouveau” lycée, là ou des équipes seraient volontaires pour le faire, et on étendrait progressivement le dispositif nouveau. Cela prendra certes plus de temps, mais si c’est le prix à payer pour que cette nécessaire réforme passe, alors le ministre serait fondé à agir avec souplesse et dans la durée.

 Nous sommes de ceux qui pensent que cette réforme est nécessaire, même si nous en discutons la forme actuelle (mais négociable et donc amendable) avancée. Alors, Monsieur le ministre, oui à la réforme du lycée général et technologique, mais vous pouvez beaucoup mieux faire !

Bruno Magliulo

8 réponses to “Réforme Luc Chatel du lycée général et technologique : peut (et doit) mieux faire !”

  1. Delarge Frédéricle 24 nov 2009 à 22:55

    Aussi loin que je me souvienne je n’ai jamais entendu une approbation d’une réforme ministérielle. cela repart à la grève, c’est usant et c’est dramatique. Non que ce qui apparait comme une “réformette”, dont l’objectif est de réduire le nombre de postes, me semble valoir une vigoureuse défense, mais je crois qu’il nous faut maintenant bouger. J’apprécie les critiques raisonnées de Bruno Magliulo qui montre ainsi que certains aspects du projet valent qu’on s’y arrête.
    Ainsi nous oublions la lourdeur des horaires français et la volonté d’alléger ces horaires du point de vue des élèves, mais il faudrait aussi ajouter qu’existent les déséquilibres des rythmes scolaires sur la semaine ou sur l’année. Là les volontés modernisatrices de nos gouvernants se figent brutalement.
    De même la question des réorientations et des redoublements, que dans les salles de profs on continue inlassablement à proclamer efficaces, trouve peut-être ici une réponse sensée, du moins à explorer.
    Le tronc commun n’est pas nécessairement une mauvaise chose en mélangeant programmes et élèves à devenir scolaire différent. La contrepartie sera un nombre plus systématiquement élevé de classes à 35. L’année dernière j’ai eu une seconde à 36 en SES! Là-dessus, rien n’est dit et pour cause, on se moque des enseignants et des jeunes. C’est aujourd’hui pour moi un des problèmes majeurs du lycée. Mais le but est justement d’obtenir des classes surchargées.
    La filière ES semble bien appauvrie. Il n’y a pas de mystère: un des objectifs est de revaloriser la filière L et l’autre d’arriver à décrédibiliser les enseignements en sciences sociales. Il semble que la philo pure a disparu cette année de l’enseignement en première année à Nanterre et l’ethnologie se limite, en année de licence, à une quarantaine d’étudiants contre 120 il y a quelques années. Les sciences humaines sont attaquées partout car trop critiques socialement et politiquement. Nous continuons à subir les assauts des parangons de la vie merveilleuse et salutaire en entreprise et de la beauté des préceptes micro-économiques. On nous taille donc “les ailes” à défaut de supprimer entièrement une filière qui accueille plus de 30% des élèves du général. L’essentiel est sans doute de dégonfler progressivement les chiffres sans bousculer l’organisation actuelle. d’ailleurs l’option de L intitulée “Droit et grands enjeux du monde contemporain” a sans doute pour but d’attirer une fraction de littéraires intéressés par les questions socio-politiques et qui avaient tendance à partir vers les ES.
    Ne rêvons pas nous sommes dans une tendance mondiale de crispation des sociétés dans lesquelles les peurs, alimentées et instrumentées, remontent pour renforcer les pouvoirs plus conservateurs, voire populistes. Les SES, qui ne “jouent” pas à l’excuse sociologique, mais tentent de montrer aux élèves des enjeux et des grilles d’analyse des évolutions socio-économiques majeures auxquelles nous sommes confrontés, ne peuvent recevoir de crédit des thuriféraires du “tout économique” comme option pour sauver le monde.
    Malgré tout je crois qu’avant de vouloir défendre les SES il nous faut opter pour une transformation de l’école, moins académique, plus ouverte, où apprendre devient un plaisir et non un abcès, où se rencontrer (jeunes et adultes) se fait avec moins de barrière et plus de respect et de désir. Nous aurons plus de poids sur l’évolution future de la société en transformant organisation et pratiques dans l’école qu’en enseignant n’importe quel savoir aussi audacieux et contestataire soit-il.
    Je ne suis pas certain que cette “réforme d’économie” soit La bonne réforme que j’appellerais de mes voeux, mais il est toujours possible de se saisir de ce que l’on propose pour les détourner avec finesse et créativité. Je le réaffirme, aujourd’hui dans un lycée qui ne va pas bien et une société traversée de multiples et croissantes tensions, il nous faut bouger et non revendiquer un statut quo qui n’a guère d’avenir.

  2. B. Magliulole 26 nov 2009 à 13:17

    réponse à Frédéric Delarge

    Merci d’abord pour avoir pris la peine de consacrer ce long commentaire à mon article.

    Et comme vous, je partage le fait que, contrairement ce que veulent croire nombre de collègues, le lycée général et technologiqe mérite d’être reconsidéré. Non qu’il soit en situation d’échec global, mais parce qu’il ne fonctionne bien que pour une partie de ses élèves … généralement issus d’ailleurs des catégories sociales les moins défavorisées.

    Que fait-on pour les 60 à 80000 élèves (selon les sources) qui, chaque année, quittent l’enseignement secondaire sans diplôme ni qualification prfessionnelle ? Que fait-on pour mieux préparer les élèves à leurs choix d’orientation, pour mieux aider ceux qui ont besoin d’accompagnement , pour mieux préparer les élèves qui vont entrer en premier cycle universitaire et y échouent à près de 50% … ? Va t on continer de laisser à l’ “école hors les murs” (les cours privés, les cabinets de “coaching” en matière d’orientation, les “petits cours de certains collègues” à des tarifs parfois ahurissants), le soin d’occuper le terrain que l’école n’a pas voulu occuper ?

    Pour moi, comme pour vous semble t il, l’école de la République, je ne la vois pas comme ça : ça devrait moins être “à chacun selon ses moyens (y compris financiers)”, et plus “à chacun selon ses besoins”.

    Mais du coup, c’est vrai, les contreparties sont lourdes et rejettées par de nombreux collègues qui ne voient pas d’un bon oeil la surcharge des effectifs dans les classes, le changement du métier que représentent ces évolutions, le fai en particulier qu’ils soient amenés à moins être dans la translation didactique disciplinaire, et plus dans l’approche transversale des élèves… et tout ça dans un contexte de moyens descendants, et sans revalorisation salariale. Je ne suis donc pas surpris que cela en bloque plus d’un.

    Alors moi je n’arrête pas de dire que puisqu’il faut une vraie réforme en profondeur, il faut aussi lâcher les moyens de la mettre en place.

    Quand au sort fait à la série ES dans le projet Luc Chatel, je vous rejoins pour dire que ce “dommage collatéral” n’est pas acceptable.

    Mais ce projet va évoluer puisqu’il est soumis à la concertation. j’attend de ce processus quelque chose de plus acceptable.

    Merci encore, meilleur souvenir

    bruno Magliulo

    PS : j’ai mis en ligne sur la liste de diffusion de l’APSES une réponse à ceux qui, aprs avoir lu (ou pas lu) cet article qui précèdent, me reprochent certaines prises de positiion favorables à la réforme.

  3. Parisle 27 nov 2009 à 20:11

    Enfin quelqu’un qui ne rejette pas en bloc toute idée de réforme du lycée. Je vous en remercie Monsieur Magliulo, et je trouve qu’il faut avoir du courage pour oser dire ce que vous dites (même si vous mettez fort justement en lumière les reproches que l’on peut et doit faire à ce projet) sur un site qui est celui des profs de SES.

    J’en suis, et je dirai clairement que je suis effaré par le climat d’hostilité systématique qui semble régner dans cette “corporation”. C’est vraiment “touche pas à ma discipline”. Est-elle si parfaite que cela notre chère discipline. Où sont les élèves qui, par exemple, sont à la hauteur de nos contenus ? Dans les bons lycées de centre ville sans doute, mais ailleurs ? Je jongle par exemple avec le programme de sciences politiques de l’enseignement de spécialité de première, et mon public d’élève est composé de 11 nationalités différentes, venant principalement d’Afrique et d’Asie. Je le dis clairement : ce programme est inadapté à la plupart de nos élèves, et je rejoins parfaitement ceux qui mettent en cause la présence d’un enseignement aussi théorique et abstrait à ce niveau scolaire.

    Et pour en revenir à votre article : comme vous je trouve que l’attaque contre le positionnement de la série ES est inacceptable, et en cela je rejoins l’APSES. Mais devant le constat que nos chers collègues rejettent majoritairement et en bloc la réforme qui vient d’être présentée, je dis non ! Halte là ! Il y a de bonnes choses dans cette réforme. Un peu de nuances chers collègues

    Michel, prof de SES en banlieue est (le fameux “93″)

  4. B. Magliulole 02 déc 2009 à 11:13

    Réponse au commentare de Paris

    je vous laisse bien sur la responsabilité de vos propos et analyses, que je ne partage que partiellement.

    Oui, on peut être pour la réforme du lycée général et technologique, tout en ajoutant “mais pas comme ça”. C’est la position que je défend.

    Est-ce que je me trompe lorsque je vous dis que j’ai le sentimenet que vous la prenez “en bloc”, donc sans nuance ?

    Quand aux réactions corporatistes de certains professeurs (vous citez ceux de SES), j’entend bien ce que vous dites, mais comment croire que de tels enseignants vont accepter de gaité de coeur le sort , le très mauvais sort en réalité, fait à leur discipline dans ce nouveau lycée ? Je ne dis pas qu’il ne faut pas faire des efforts afin de donner sa chance à la réforme, et à cet égard, puisqu’on ajoute de nouvelles formations, sauf à allourdir le volume horaire global dans chaque classe (ce qui est impossible compte tenu que la France a déjà le record du nombre d’heures par semaine en classe), il faut bien “récupérer” des heures ailleurs. Mais pourquoi cet effort ne serait-il pas plus équitablement partagé ?

    Je note d’ailleurs que vous êtes professeur de SES, et que vous, au contraire d’une large majorté de vos collègues, ne voyez rien à redire sur le positionnement des SES dans le futur lycée. Il serait intéressant de savoir sur quoi repose votre actuelle satisfaction ? Merci de nous le préciser si vous le voulez bien.

    Merci en tous cas pour ce commentaire “à contre courant” de ce que je lis sur la liste de diffusion de l’association des professeurs de SES, à qui je fais d’ailleurs connaître votre point de vue, pour leur information.

    Bruno Magliulo

  5. Philippele 11 déc 2009 à 15:13

    Ca y est : le ministre est parvenu à arracher un vote favorable du conseil supérieur de l’éducation. Il doit être content : Darcos la essayé, Chatel l’a fait ! Merci les collègues des syndicats qui ont pactisé avec le pouvoir : le SGEN, l’UNSA … qui ont voté pour.

    Et maintenant ? j’ai lu dans la presse que le ministre avait l’intention de surfer très vite sur ce vote favorable, et se propose de présenter ses décrets dès la rentrée des prochaines vacances, pour publication au JO vers la mi janvier.

    Il fonce le bougre. Mais si j’étais lui j’en ferais autant !

    Bien joué !

    Philippe, prof de philo, Paris

  6. B. Magliulole 11 déc 2009 à 15:35

    Réponse à Philippe

    Je suppose, compte tenu du ton très désabusé de votre message, que lorsque vous écrivez “bien joué”, c’est de façon “grinçante”. La teneur de ce commentaire tend à vous situer dans le camp des personnes hostiles à cette réforme. C’est bien ça ?

    Je vous donne acte que contrairement à de nombreux professeurs de diverses disciplines, malmenées dans cette réforme (je pense tout particulièrement aux sciences économiques et sociales qui paient un prix fort), ce qui vous anime n’est pas un reflexe de type “corporatiste”, de “defense disciplinaire”, puisque la philo s’en sort plutôt bien, retrouvant dans la grille horaire des terminales ES, L et S du nouveau lycée, strictement les mêmes horaires (respectivement 4, 8 et 3h par semaine) que dans le lycée appelé à s’effacer.

    Ce qui serait intéressant, c’est de savoir ce que vous reprochez à cette réforme : vous ne le dites strictement pas.

    Quand au calendrier annoncé dans la presse, nous verrons, mais en effet, d’accord avec vous pour dire que le ministre a désormais les mains plus libres puisque le “CSE”, instance paritaire au pouvoir purement consultatif (s’il avait voté contre, le ministre aurait parfaitement pu passer outre son avis négatif … mais c’est mieux avec un vote favorable qui le conforte, bien sur). J’ai en effet moi aussi lu (et entendu) que les décrets seront présentés au conseil des ministres vers la mi janvier, et très rapidement publiés ensuite.

    Notez cependant que le CSE n’a pas voté favorablement pour l’ensemble de la réforme. Une majorité a voté contre la grille horaire de la classe terminale. Sans doute un effet de l’émotion provoquée par la découverte que l’on se propose de supprimer l’enseignement obligatoire d’histoire-géographie en terminale S (tout en proposant cependant une option facultative de 2 h par semaine), et de faire passer en “épreuve anticipée en fin de première S”, le moment de l’évaluation des élèves de S dans cette discipline.

    A cet égard, il sera intéressant de voir si le ministre tient compte de ce vote négatif concernant la grille horaire et la liste des enseignements des classes terminales. Réponse à la rentrée des vacances !

    Merci en tous cas pour cette contribution, quelque peu frustrante cependant puisque, une fois encore, vous ne nous dites pas ce que vous reprochez à cette réforme.

    bruno Magliulo

  7. FIGUIEREle 10 jan 2010 à 20:50

    Vous êtes intervenu récemment dans mon lycée pour nous expliquer non sans brio la réforme du Lycée en particulier celle de seconde.
    Il est clair qu’après bien des années passées au service de nos chères têtes blondes il me semble que cette réforme va dans le sens qu’il faut donner aux études de nos enfants , même s’il reste beaucoup à faire.
    Mais ma question va peut être vous paraitre incongrue:est-il possible en seconde de créer des classes à heures d’accompagnement spécifiques, plus précisément peut-on annoncer en début d’année des classes à forte consonnance de latin, de math etc…..
    Est-ce interdit par la nouvelle réforme?
    Est-il logique d’annoncer cela dans une classe qui reste de détermination?
    Peut-on le proposer au bout d’un trimestre? d’un semestre?
    Qu’en pensez-vous?

  8. B. Magliulole 12 jan 2010 à 18:23

    réponse à Figuière

    Les heures d’ “accompagnement personnalisé” seront des heures à géométrie variable, dont les contenus seront fixés au niveau de chaque établissement. Parmi les domaines concernés, il y a le soutien et l’approfondissement disciplinaire. Rien n’interdit donc que certaines de ces heures soient consacrées aux humanités classiques ou aux maths. Mais pour ce faire, il conviendra que vous montiez un projet, et que vous le soumettiez au chef d’établissement. Ce projet sera bien sur en concourrence avec d’autres, et il y aura un “arbitrage” du chef d’établissement et de certaines instances locales, puis des autorités rectorales qui octroient les moyens.

    bruno Magliulo

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