B. Magliulo

Faut-il supprimer le bac ?

Chaque année à pareille époque c’est la même chose : la France se divise en deux camps fortement antagonistes, crispés sur leurs certitudes à propos du baccalauréat.

1) D’un côté ceux qui dénoncent sa lourdeur : il existe une centaine de baccalauréats différents, pour lesquels il faut organiser en moyenne six épreuves écrites et trois orales, l’année scolaire de première (épreuves anticipées) et surtout terminale est tronquée d’un mois à un mois et demi d’enseignement du fait de l’examen, le coût de cet examen est très lourd (des milliers de sujets à préparer, valider, imprimer, diffuser …, plus de trois millions de copies à corriger, des centaines de milliers d’épreuves orales, des milliers d’examinateurs, surveillants… mobilisés), et surtout, il y a le fait qu’aujourd’hui, “le bac, ça ne vaut plus grand chose” !

2) Par ailleurs, les tenants du “touche pas à notre bac”, qui le défendent bec et ongles, qui sont des milliers, des millions parfois, à descendre dans la rue dès qu’un ministre se targue de vouloir le réformer.

Cette vénérable institution fête cette année son bi centenaire (C’est Napoléon Ier qui, par un décret en date de 1808, l’a créé). C’est donc une bonne occasion pour (ré)ouvrir le débat : le bac peut-il durer sous sa forme actuelle ? Doit-on le réaménager, le réformer en profondeur, voire, le supprimer ?

Rappelons d’abord ce qu’il est institutionnellement. En France, contrairement à ce qui se passe dans la plupart des autres pays, le baccalaréat n’est pas un simple “certificat de fin d’études secondaires” attestant que celui à qui on le décerne a su acquérir les savoirs et savoir-faire de base que sa filière d’études secondaires se propose de lui inculquer. A cette fonction de certification s’ajoute - et c’est au coeur du débat sur son avenir - le fait qu’il confère un droit que certains jugent désormais exorbitant : le droit d’accéder à une filière d’enseignement supérieur universitaire (on ne le sait pas toujours, mais le baccalauréat n’est pas un diplôme de fin d’enseignement secondaire, mais le premier grade universitaire, et c’est pour cela que les présidents de jurys sont toujours des universitaires).

Cette double fonction de certification d’un niveau de base acquis en fin d’enseignement secondaire, et de droit d’accès aux études universitaires, a correctement été remplie aussi longtemps que , d’une part, les baccalauréats étaient homogènes (jusqu’en 1946, il n’existait que deux baccalauréats généraux : sciences et lettres; ce n’est qu’en 1946 qu’apparait un premier bac technique; et en 1985 naissent les bacs professionnels), et d’autre part que le nombre des bacheliers était limité (moins de 80000 bacheliers par an en 1960, représentant 13% d’une tranche d’âge, plus de 500000 aujourd’hui, représentant 63% d’une tranche d’âge). Mais avec la massification, et la création de filières diversifiées permettant d’accéder au bac (aujourd’hui, 53% seulement des baccalauréats délivrés sont généraux, 27% technologiques et 20% professionnels), le statut de ce diplôme a profondément changé.

D’autant que dans le même temps, la machine à permettre à un maximum de jeunes de l’obtenir a bien fonctionné, donnant à beaucoup le sentiment qu’il est désormais largement bradé. Avec 83,3% de réussite à la session 2007, et près de 95% si on veut bien prendre en compte ceux qui redoublent, voire triplent pour l’avoir, ce diplôme, désormais délivré chaque année à plus de 500000 jeunes français, a beaucoup perdu de sa valeur. Mais comme le disent beaucoup de lycéens, parents … “avec le bac on n’a pas grand chose, mais sans le bac, on n’est rien !”, ne serait-ce que parce qu’il continue d’être porteur du droit d’entrer dans l’enseignement supérieur. C’est donc (pour combien de temps encore ?) une sorte de passage quasi obligé. Voila sans doute pourquoi le baccalauréat conserve, malgré toutes les critiques , une forte valeur symbolique, et fait encore l’objet d’un large soutien populaire.

Pourtant, on sait bien désormais que ce droit à la poursuite des études est largement un leurre. Pour contourner l’ambiguïté qui existe dans le fait que ce diplôme, de plus en plus dévalué, continue d’octroyer à son détenteur un tel droit, on a multiplié les procédures de sélection à l’entrée des filières de l’enseignement supérieur (IUT, STS, classes préparatoires, écoles …). Même à l’université, la sélection existe, et tend à se développer depuis quelques années : à l’entrée de certaines d’entre elles (les “universités de technologie” par exemple), ou en cours d’études (concours de passage en deuxième année des études médicales, pour l’admission en IUP, en deuxième année de master, etc.). Mais surtout, il existe à l’université une sélection terrible qui ne dit pas son nom, en premier cycle notamment : savez-vous que près de 50% des bacheliers entrés en première année d’un premier cycle ne parviennent pas à la licence ? Bien plus, à ce (triste) jeu là, les bacheliers ne sont pas placés en égalité de situation : si près de 70% des bacheliers généraux finissent par atteindre une licence (et vont généralement plus loin), ce n’est le cas que de 20% des bacheliers technologiques, et 4% des bacheliers professionnels !

Ajoutons que la façon dont se déroulent les modalités de sélection à l’entrée des filières supérieures témoignent du manque de considération du baccalauréat. Savez-vous que les épreuves de sélection (sur dossier ou concours) se déroulent presque toujours … avant que les épreuves de bac n’aient commencé, et que le tri des candidats se fait non sur le niveau de la réussite au bac, mais sur la qualité d’un parcours d’études de deux ans en première puis terminale ? Voila pourquoi la plupart des élèves candidats à une filière supérieure sélective reçoivent leurs réponses avant de savoir s’ils seront bacheliers ou non, avec en général, lorsqu’ils franchissent positivement l’obstacle, la mention suivante : “admis, sous réserve de réussite au baccalauréat”.

Alors que faire ? Doit-on maintenir en l’état ce “monument historique” ? A tout le moins, le bac demande à être allégé, non pas pour en diminuer encore plus la valeur, mais pour réduire sa lourdeur actuelle, en évaluant plus de matières par le “contrôle en cours de formation”. Beaucoup craignent que cela ne conduise à réduire le statut de diplôme national : c’est le phantasme du “bac lycée Henri IV de Paris” ou “bac lycée de Montreuil dans le 93″. Or, en quoi par exemple des diplômes tels que les DUT (diplômes universitaires de technologie, qui se préparent dans les IUT), intégralement (alors que ce ne serait le cas que de quelques épreuves supplémentaires pour le bac) délivrés sur contrôle en cours de formation, sont-ils des diplômes au rabais, qui auraient perdu leur statut de diplôme national d’Etat ? Il n’est que de voir le nombre de bacheliers qui se bousculent à l’entrée des IUT, et le niveau de la sélectivité, pour se convaincre que c’est un faux problème. De plus, il est clair que même en l’état actuel des choses, les jurys qui font de la sélection à l’entrée de certaines filières savent différencier les élèves selon le lycée d’origine. Croyez-vous sérieusement que les professeurs qui recrutent des élèves en classe préparatoire ne font pas la différence entre le dossier d’un élève issu du lycée Henri IV de Paris, et un autre qui vient du lycée de Montreuil dans le 93 ? Ce n’est pas politiquement correct de l’écrire ? J’assume, car c’est la vérité ! Et cacher ce genre de réalité revient à tromper les usagers du système éducatif, du moins ceux qui sont les moins bien informés : ceux des catégories sociales les moins favorisées !

On note la prudence extrême du ministre actuel de l’Education nationale sur le sujet. Il a annoncé une prochaine réforme du lycée, en se gardant bien d’aborder sur le fond la question du baccalauréat. Osera-t-il l’aborder une fois qu’il aura réformé le lycée ? Osera-t-il surtout s’attaquer au coeur du problème, qui est, nous l’avons vu en début d’article, celui du statut de ce diplôme, en le transformant en simple certificat d’études secondaires, a l’instar de ce qui se passe dans la plupart des autres pays, quitte à garantir le droit à la poursuite des études, mais pas forcément, concernant les universités, en fonction du seul choix des lycéens ? Cela n’ira d’ailleurs pas sans une profonde réforme du système d’orientation au lycée qui elle, sera au coeur de la réforme des lycées. S’il ose aller dans ces directions ce sera un véritable acte de courage politique, tant les oppositions seront vives, et nous lui souhaiterons bien du plaisir car nombre de ses prédécesseurs ont pris la porte à partir d’un essai de réforme en profondeur, et même superficielle, du baccalauréat.

Si vous souhaitez commenter cet article, ou réagir à certains de mes propos, n’hésitez pas : le débat est évidemment ouvert !

Bruno Magliulo

35 réponses to “Faut-il supprimer le bac ?”

  1. SESle 02 juin 2008 à 9:52

    Il est vrai que le baccalauréat n’est pas près d’être supprimé, mais de là à ne rien faire pour le moderniser, il y a un pas que je ne franchirai pas (et vous non plus d’ailleurs : j’ai lu votre très intéressant article de près).

    L’an dernier, lors des manifestations des lycées qui s’opposaient à ce que l’on réforme le bac, j’ai été ulcéré par le phantasme que vous dénoncez : si on introduit le contrôle en cours de formation, ce ne sera plus un bac national, et il y aura délivrances de bacs qui ne se vaudront pas, parce que délivrés à des élèves de lycées inégalement réputés. Comme si, en effet, les réputations ne pesaient pas aujourd’hui, notamment sur les épaules des élèves candidats à des filières sélectives (votre exemple du recrutement en classes préparatoires est très significatif). Et en quoi tous ces diplômes de l’enseignement supérieur délivrés avec une plus ou moins forte dose de contrôle en cours de formation, sont-ils des diplômes au rabais, qui auraient perdu leur statut de diplôme national ? Vous donnez l’excellent exemple du DUT, qui prouve que c’est là un raisonnement absurde, que manient (c’est mon point de vue) avec habileté ceux qui sont contre toute réforme du bac !

    J’enseigne les sciences économiques et sociales dans un lycée agricole. Il y a belle lurette que les lycées agricoles sont précurseurs dans le domaine du “contrôle en cours de formation”. Les baccalauréats que nos élèves obtiennent, avec une forte dose de ce que certains continuent d’appeler “contrôle continu”, demeure un bon diplôme national. Pourquoi en irait-il autrement si on introduisait plus de contrôle en cours de formation dans les lycées de l’Education nationale en générale, pour la délvrance du bac en particulier ? Ou alors, veut-on vraiment continuer d’entretenir ce monstre qu’est le bac, véritable obèse flasque aux dix à douze épreuves évaluées extérieurement par spécialité, passé chaque année par plu de 700000 élèves … ?

    Jean-Louis, prof de SES (sciences éco et sociales) dans un lycée agricole

  2. Alter egole 02 juin 2008 à 10:02

    Hypothèse : et si les profs qui sont contre toute réforme du bac allant dans le sens de l’introduction d’un plus grand nombre de matières évaluées par cotrôle en cours de formation, l’étaient parce qu’ils ont peur du face à face que cela provoquerait vis à vis de leurs élèves et des parents, et peut être même de leurs chefs d’établissements ?

    Il y a quelque confort à ce que les candidats au bac soient évalués par des jurys extérieurs : en cas de désaccord ou de contestation du résultat obtenu, ce n’est pas à son propre prof qu’on s’adresse. En outre, tout au long de l’année, l’élève et ses parents ne sont pas placés au contact de celui ou celle qui tient le destin de l’élève entre ses mains.

    Si on décide d’augmenter le nombre des matières qui feront l’objet d’un contrôle en cours de formation (et donc de ne conserver en épreuves externes que celles correspondant à deux ou trois disciplines de base du bac préparé), les professeurs de ces disciplines à notation déconcentrée seront nus devant les usagers. Compte tenu du consumérisme parental croissant, de la violence qui se répand dans les établissements… cela fait peur à beaucoup !

    On avance de grands principes pour expliquer sa résistance à une telle évolution, mais en réalité, selon moi, pour beaucoup de profs, l’explication de leur opposition à cette forme de rénovation s’explique par la peur du conflit en gface à face avec les usagers.

    Michaël, prof d’histoire en classe terminale, correcteur au bac

  3. B. Magliulole 02 juin 2008 à 18:04

    Réponse à SES

    Merci d’abord pour ce commentaire éclairant.

    Il ne soulève pas de question particulière, mais signale - et je vous remercie de l’avoir fait - qu’il y a belle lurette qu’en effet, dans les lycées agricoles, la réforme du mode d’évaluation au baccalauréat est passée, sans que cela ne soulève de résistance, et que quiconque s’en plaigne, bien au contraire. La très large part de contrôle continu qu’on y a introduit il y a plus de quinze ans, n’a en rien entamé l’image des baccalauréats de l’enseignement agricole, bien au contraire.

    Nombre d’enseignants qui travaillent dans ces établissements disent d’ailleurs que cela leur parait nettement moins aléatoire que l’évaluation sur épreuves évaluées “d’un seul coup” par un jury externe. Avec le contrôle en cours de formation, on prend en compte la réalité d’un parcours accompli par l’élève dans la durée (sur une année scolaire, voire deux dans certaines matières). Il ne court donc pas le risque de vivre un “accident” le jour de l’épreuve externe (fatigue, émotivité, sujet limite par rapport au programme …) qui lui ferait rater une épreuve pour laquelle il aurait fait ses preuves sur la durée. Inversement, le “‘mauvais élève” est noté conformément à ce qu’il a fait (ou plutôt “mal fait”), et ne saurait compter sur le hasard d’un sujet facile pour lui pour se rattraper . Je trouve en fin de compte ce système beaucoup plus juste.

    Bruno Magliulo

  4. B. Magliulole 02 juin 2008 à 18:15

    réponse à Alter ego

    Je vous avoue que cet argument m’a été plusieurs fois présenté par des enseignants. Compte tenu de la pression dont nombre d’entre eux sont victimes dans les lycées où ils exercent, du consumérisme scolaire de certaines familles, du climat de violence qui règne ça et là, il est en effet probable que dans certains établissements, si le professeur était l’évaluateur direct de ses élèves de classe terminale, et donc décisionnaire, il aurait sans doute un autre type de rapport avec ses élèves et parents.

    Mais inversement par rapport au risque que vous évoquez, ne peut on imaginer qu’un élève qui sait que ce n’est pas son prof qui va décider de sa note au bac, peut se permettre de l’ “enquiquiner” (pour parler de façon soft), alors qu’il se tiendrait peut être mieux s’il craignait que celui-ci ne le considère mal et ne le “saque” dans son évaluation de contrôle en cours de formation ?

    A chacun de juger du rapport entre avantages et inconvénients de la formule dite du “contrôle en cours de formation”.

    Un grand merci en tous cas pour cette contribution.

    Bruno Magliulo

  5. Ch'tile 06 juin 2008 à 9:24

    A votre question, je répond “non” sans hésiter. Qui peut sérieusement songer que supprimer le bac serait une bonne réponse à ses indéniables imperfections ? Qui serait le ministre assez fou pour se lancer dans une décision aussi impopulaire ?

    Supprimer non, mais réformer oui !

    Je ne comprendrais pas qu’on laisse le bac en son état actuel. Je ne reviens pas sur les raisons, multiples en vérité, de lui apporter diverses retouches, et en particulier, je suis d’accord avec l’idée que cet examen est trop lourd, et qu’introduire une certaine dose supplémentaire de contrôle en cours de formation serait sans doute une bonne chose.

    Quand à la question de savoir si cet examen doit continuer de remplir sa double mission de “certification” des acquis de l’enseignement secondaire, et de “premier diplôme universitaire donnant donc un droit à la poursuite des études”, je serais plutôt tenté de dire qu’avec l’émergence des bacs technologiques et professionnels surtout, cela n’a plus guère de sens. Mais en même temps, je sais que la France est en retard pour ce qui est de l’accès au niveau licence (objectif fixé : 50% d’une tranche d’âge, et nous ne sommes qu’à 36%) : ce n’est donc pas le moment de nous montrer trop malthusiens pour l’accès au premier cycle des études supérieures. Question complexe donc, qui ne peut se traiter “comme ça, d’un coup de plume (à encre bien sur)”

    Merci en tous d’avoir créé cet espace de débat sur les questions éducatives qui me passionnent. Et en tant que prof/parent d’élève, j’y reviendrai probablement pour vous poser des questions relatives à l’orientation de mes enfants et de mes élèves (je suis prof principal en classe de première ES).

    Jean-François, professeur de sciences économiques et sociales à Lille

  6. B. Magliulole 06 juin 2008 à 10:52

    Réponse à Ch’ti

    J’aime bien votre ton mesuré sur une question complexe, qui, comme vous le dites fort justement, ne saurait être traitée “comme ça, d’un coup de plume(à encre bien sûr)”.

    Oui pour une rénovation, non pour une suppression : je partage cet avis.

    Mais nous savons, vous comme moi, que les tenants du “touche pas du tout à mon bac” sont nombreux, et très entiers dans leurs jugements. Ils descendront nombreux dans la rue à la moindre menace, malgré les indéniables dysfonctionnements du bac actuel.

    Je partage votre avis sur la nécessité d’alléger le poids des épreuves finales externes au profit d’une part accrue de contrôle en cours de formation.

    Quand à la question de savoir si le bac doit continuer d’octroyer à ses détenteurs un droit de poursuite d’études à l’uniersité, ce n’est en effet pas une question facile. Que ferait-on des élèves qui seraient interdits d’accès à l’enseignement supérieur si on autorisait les universités à trier les candidats à l’entrée ? Comment en effet conduire 50% d’une tranche d’âge au niveau bac + 3 si on généralise les procédures de sélection à l’entrée de l’enseignement supérieur ?

    Merci en tous cas pour votre contribution

    bruno Magliulo

  7. Prole 10 juin 2008 à 14:38

    Et que pensez - vous d’un bac qui pourrait être délivré par unités de valeur capitalisables ?

    Vous connaissez sans doute le principe : si un candidat ne parvient pas à réussir son examen, mais obtient une note minimum (je propose 12/20, pour que cela paraisse “sérieux”) à certaines épreuves (qu’elles aient été évaluées par contrôle en cours de formation ou sur épreuve externe finale), il garde le bénéfice de ces notes acquises, et ne se représente l’année d’après (donc en situation de redoublement) qu’aux épreuves qu’il n’a pas pu valider.

    Les avantages sont multiples, mais j’en vois deux , importants à mes yeux :

    1) Cela permet à chaque candidat redoublant de pouvoir concentrer ses efforts sur ce qui lui manque, et donc de ne pas avoir à se représenter à des épreuves pour lesquelles il a fait la preuve que les compétences requises sont acquises.

    2) Cela permet à un candidat qui sortirait de la classe terminale après un échec, donc sans aucun diplôme de niveau bac dans le système actuel, de pouvoir obtenir un certificat de réussite à diverses épreuves, ce qui pourrait lui rendre l’avenir (en termes d’études ou de passage à la vie professionnelle) plus simple.

    Et je dis de suite à ceux qui trouvent qu’un tel système n’aurait guère de sens, que c’est celui qui existe à l’université, en France, et dans d’autres flières d’études sans doute, depuis plus de trente ans !

    Je suis curieux de savoir ce que vous en pensez

    Pro

  8. B. Magliulole 11 juin 2008 à 10:47

    Réponse à Pro

    Le bac par unités de valeurs capitalisables. Savez-vous que cela existe déjà … mais dans le secteur professionnel uniquement ? Et je confirme ce que vous écrivez : dans le supérieur, c’est assez fréquent, notamment en université.

    Peut on étendre la formule aux baccalauréats généraux et technologiques ? Techniquement, rien ne s’y oppose. Et les avantages que vous décrivez sont indéniables.

    Cependant, certains y voient une machine à augmenter encore plus le taux de réussite au bac (qui fut de 83% en 2007, rappelons le), à aider aussi à l’augmentation du taux d’une tranche dâge atteignant le niveau bac (il fut fixé à 80% dans les années 1980, il n’etait que de 64% en 2006-2007), ce qui les conduit à qualifier une telle mesure de “machine à brader encore plus le bac”.

    Pour votre information, sachez que récemment, se sont tenues à Lille les assises de l’APEL (association des parents d’élèves de l’enseignement libre), et que cette hypothèse y a été évoquée. De plus, les organes nationaux de l’enseignement catholique viennent de se prononcer en faveur de l’introduction du système des “unités de valeurs capaitalisables” pour l’accès au baccalauréat.

    Du côté du Ministère, on semble évoquer avec une certaine faveur cette hypothèse, tout en disant qu’il faudra prendre des précautions pour que cela ne conduise pas à brader ce diplôme. On peut le comprendre : si certains élèves de classe terminale sont dispensés de certaines épreuves parce qu’ils ont obtenu 10, 11 ou 12/20 (ça reste à préciser) lors de la session du baccalauréat à laquelle ils ont globalement échoué, ce sera autant d’élèves en moins dans certains cours, donc un allégement des effectifs par classe, peut être même une source d’économie budgétaire.

    A suivre donc. Nul doute que lorsque le Ministre s’attaquera à la question du baccalauréat (il a annoncé que cela viendrait “naturellement”, dans la suite logique de la réforme du lycée que prépare le Ministère et dont les grands contours devraient être annoncés pendant l’été, probablement avant fin juillet, du moins si on veut tenir le calendrier annoncé : mise en place de la nouvelle seconde dès septembre 2009), l’hypothèse que vous présentez sera évoquée.

    Merci en tout cas pour cette très intéressante contribution.

    Bruno Magliulo

  9. Philosophele 12 juin 2008 à 16:54

    Je ne me fais plus d’illusion depuis longtemps sur la valeur du baccalauréat, mais en tant que prof de classe terminale, je refuse de dire à mes élèves que ce parchemin ne vaut plus rien.

    D’abord c’est faux : il est peut être vrai qu’avec le bac on n’a pas grand chose, mais il est non moins vrai que sans, on est très très mal ! Ne serait-ce que parce que c’est une condition quasi nécessaire pour pouvoir entrer dans l’enseignement supérieur, mais aussi parce que quand on vit dans une société ou deux personnes sur trois ont ce diplôme, et ou 83% de ceux qui s’y présentent le réussissent, c’est un vrai signe d’infamie que de ne pas l’avoir.

    Et quand je vois que certains proposent de lui oter une importante part de ce qui lui reste de valeur, en faisant en sorte que le baccalauréat devienne un simple certificat de fin d’études secondaires, ne donnant plus de droit automatique d’entrer en première année de l’université, alors il faut se poser sérieusement un question : qu’est-ce qu’on fait des adolescents qui, de ce fait, seraient exclus de toute perspective d’études supérieures ? Ce ne sera certes pas un vrai problème pour les non bacheliers professionnels, mais quid des mon bacheliers technologiques, et surtout généraux ? On les rejette, c’est tout ?

    François, prof de philosophie à Pau

  10. B. Magliulole 13 juin 2008 à 10:18

    Réponse à Philosophe

    Merci d’abord pour cette très intéressante contribution de votre part.

    Bien sur que vous avez raison, pleinement, lorsque vous dites qu’il est contre productif et faux de clamer que “le bac ça ne vaut plus rien”. Vous êtes d’autant plus fondé à le dire que vous êtes professeur en classe terminale, et qu’il faudrait être sacrément schizophrène pour parler ainsi à ses élèves !

    D’accord aussi avec vous pour constater qu’en l’état actuel des textes légaux et réglementaires, qui font du baccalauréat “un premier grade universitaire” (c’est ainsi depuis la fondation du baccalauréat moderne par Napoléon 1er en 1808), “sans le bac, on est très mal” ! Mais comme vous le savez , certains songent justement à supprimer cette caracéristique, et à réduire le bac à ce qu’il est dans la plupart des autres pays : un simple certificat de fin de scolarité secondaire, ne donnant pas forcément droit aux études universitaires.

    Et du coup, en effet, vous posez une sacrément bonne question : que fait on des bacheliers que la généralisation des pratiques de sélection à l’entrée de TOUTES les filières supérieures qu’une telle décision ne manquera pas d’entraîner, écartera des études supérieures universitaires ? Se contentera t on d’une réponse du genre “ils n’ont qu’à se débrouiller comme ils le pourront ?”, ou prévoira-t -on pour eux des filières de formation accessibles, mais qui ne seront certainement pas celles que nombre d’entre eux auraient aimé pouvoir choisir (puisqu’on ne pourra plus entrer dans la filire universitaire de son choix) ? La probabilité est que nombre de ces lycées “reçus-collés” (reçus au bac, mais collés aux épreuves de sélection à l’entrée de l’enseignement supérieur), seront relégués dans des filières professionnelles courtes, pour la plupart en alternance. Je ne prétend pas que c’est un mauvais choix, je dis simplement que ça n’ira pas sans poser de très lourds problèmes .

    Enfin, se posera de façon encore plus accuitante qu’aujourd’hui la question du devenir économique et social des “coléls tout court”. On peut certes parier que si le bac devient un simple certificat de fin de scolarité secondaire, largement délivré localement, le taux d’accès à ce diplôme va augmenter. Mais alors, que devriendra la minorité de ceux qui, parvenus en classe terminale, ne l’obtiennent pas, même après un redoublement voire un triplement ? Pour eux aussi, il sera nécessaire de prévoir un système de formation professionnelle spécifique. je fais d’ailleurs le pari que si c’est bien la voie vers laquelle on se dirige, ce sera la même solution pour les “collés” tout court, et pour les “reçus-collés” dont je parle précédemment.

    Ce serait une autre façon démontrer (si besoin en était) qu’hélas, le bac ça ne sert plus à grand chose, qe les choses importantes et sérieuses se jouent sur d’autres terrains (réussir les procédures de sélection à l’entrée des diverses filières d’enseignement supérieur) !

    Bruno Magliulo

  11. Prof de SESle 13 juin 2008 à 15:56

    Que pensez vous du rapport du Sénat, remis ce jour au Président de la République et au Ministre de l’Education nationale, et qui propose que le baccalauréat soit réformé en augmentant le nombre des épreuves anticipées en fin de première (et donc en allégeant la classe terminale) ?

    Lucy, prof de sciences éco et sociales à Marseille

  12. B. Magliulole 13 juin 2008 à 17:02

    Réponse à Prof de SES

    Oui, j’ai lu cela dans la presse. Ce rapport n’est pour le moment pas disponible dans son intégralité : les rapporteurs en ont fait une présentation sommaire, et attendent de l’avoir remis au Ministre de l’Education nationale et au Président de la République pour le publier.

    Nous n’en sommes donc qu’à des informations fragmentaires.

    Mais il est clairement dit, en effet, que l’une des propositions pour rénover le bac est, selon les sénateurs, de faire en sorte qu’une importante partie des épreuves du bac soient anticipées en fin de première. Il semble qu’il s’agirait de disciplines secondaires du bac préparé. Par exemple, pour un bac scientifique, on pourrait imaginer qu’outre l’épreuve de français (qui est déjà anticipée), les épreuves d’histoire-géo, de LV2, diverses épreuves optionnelles aussi … se déroulent en fin de première. Du coup, ces enseignements pourraient disparaître de la grille horaire de classe terminale, et permettre aux élèves, dans une classe à horaire allégé, de se concentrer sur les disciplines fondamentales de leur bac.

    Qui ne voit que, dans un tel cas, pour reprendre l’exemple cité, les classes terminales scientifiques seraient nettement plus scientifiques, et moins littéraires qu’aujourd’hui ? Or, l’un des reproches actuellement faits à la série S est que, justement, elle est une classe élitaire qui voit une trop importante partie de ses élèves opter pour des études supérieures non scientifiques (en 2007, 43% d’entre eux ont choisi des études universitaires en droit, lettres et sciences humaines, langues, économie …, des classes préparatoires économiques et commerciales ou littéraires, des IUT ou BTS tertiaires … En d’autres termes, une telle mesure pourrait être un instrument a service d’un rééquilibrage des filières.

    Est-ce le but principal visé ? Je ne prétend pas que c’est le cas, et d’ailleurs, je reconnais bien volontiers que l’analyse que je développe m’est personnelle et n’est qu’une interprétation de la déclaration faite par les sénateurs auteurs du rapport cité, mais j’avoue être très fortement tenté de raisonner ainsi

    Merci pour cette contribution.

    Bruno Magliulo

  13. Mamanle 15 juin 2008 à 11:08

    Je suis une humble mère d’une élève actuellement en première L. Je sais bien que le bac, à lui tout seul,n ‘a qu’une valeur très relative, et ma fille l’a bien compris aussi.

    Mais nous savons aussi toutes les deux à quel point il est important qu’à l’issue de cet examen, des perspectives d’études supérieures intéresssantes soient maintenues. Si, comme vous l’expliquez, on ramène le bac à sa seule fonction de certification, et donc qu’il cesse d’être un diplôme donnant accès automatique en première année d’université, qu’allez vous faire de tous ces bacheliers (des dizaines de milliers chaque année) qui seront barrés à l’entrée de filières à l’entrée desquelles la sélection se généralisera inévitablement. Pire, si vous maintenez un nombre restreint de filières “ouvertes”, alors, cela deviendra les “filières poubelles”, n’accueillant que les élèves dont les aures filières n’ont pas voulu.

    Vous trouvez que c’est un bon modèle ?

    Jeanne, mère d’élève

  14. B. Magliulole 16 juin 2008 à 12:46

    Réponse à Maman

    La question que vous soulevez est effectivement primordiale. Que fera-t-on des élèves exclus de l’enseignement supérieur , qu’ils soient bacheliers ou pas ?

    La réponse pourrait être : “on leur proposera des formations professionnelles courtes”. C’est en tous cas ce que proposent certains.

    Et si on maintient quelques filières universitaires non sélectives, alors ce que vous prédisez sera malheureusement probable : ce seront des filières d’études supérieures encore plus dévalorisées que celles qui sont aujourd’hui tant décriées en certains premiers cycles universitaires. Vous les qualifiezde “filières poubelles”. Je vous laisse la responsabilité de ce qualificatif, mais je vois fort bien ce que vous voulez dire … et peu importe comment on les nommera. Elles seront en effet des filières pour élèves jugés non dignes de faire de “vraies” études supérieures. Mais il faudra bien leur offrir une issue, alors pourquoi pas des études supérieures courtes et professionnalisées, et en plus, porteuses d’emplois !

    Merci pour cette très intéressante contribution

    Bruno MAGLIULO

  15. Bac STGle 22 juin 2008 à 8:05

    Je suis élève de terminale et je prépare actuellement le bac STG spécialité gestion des systèmes d’information.

    Lors de la phase de pré-inscription, j’ai signalé avoir l’intention de demander à entrer en fac de sciences éco, à Paris-Dauphine de préférence. Tout le monde autour de moi m’a dissuadé de le faire. En particulier, lorsque je me suis rendu aux journées portes ouvertes de l’université de sciences éco dans laquelle je compte bien entrer en octobre 2008 (Paris-Dauphine), on m’a dit que “les bacheliers STG n’ont pas le bon profil” pour y entrer.

    Mais c’est quoi le “bon profil”, et n’ais-je pas le droit de tenter ma chance si j’y tiens ? Après tout, votre article dit bien que tout bachelier a le droit de s’inscrire dans la fac de son choix.

    Pierre, élève de terminale STG

  16. B. Magliulole 22 juin 2008 à 8:17

    Réponse à “bac STG”

    L’université de Paris-Dauphine est un cas particulier d’université sélective à l’entrée. Vous n’avez pas de chance car pour les sciences éco, c’est la seule de France, mais c’est ainsi : elle a obtenu il y a quelques années le statut d’ “université de technologie” qui lui donne le droit de trier les candidats à son entrée.

    Pour y être admis, tout bachelier (STG ou autre) doit subir des épreuves de sélection … qui ont déjà eu lieu ! Je suis donc très surpris par votre question, car vous n’évoquez pas ce point crucial pour vous. Ne le saviez-vous pas ?

    Cela dit, si vous êtes passé à côté de cette information, ne le regrettez pas trop : les bacheliers STG n’entrent presque pas à Dauphine en sciences éco ! Les admis sont très majoritairement issus des bacs S (surtout) et ES.

    Par contre, avec votre bac STG, vous avez pleinement droit à une admission en première année d’un premier cycle sciences éco/gestion dans une université non sélective, et comme vous semblez être lycéen en Ile-de-france, vous ne manquez pas d’universités susceptibles de vous accueuillir : six très exactement. En avez-vous demandé une lors de vos voeux provisoires ?

    Il n’en reste pas moins que réussir en premier cycle sciences éco/gestion est en effet très difficile pour un bachelier STG : moins de 20% d’entre eux accèdent à la licence, alors que c’est le cas de 60% des bacheliers généraux. Mais vous avez pleinement le droit de tenter votre chance car en effet, comme vous le dites, votre bac vous donne le droit de passer outre les conseils dissuasifs qui vous ont été donnés, et de vous inscrire dans une fac de sciences éco… du moins, encore une fois, si vous n’êtes pas passé à côté de la phase obligatoire de pré-inscription.

    Pour en savoir plus, dans la collection L’Etudiant :
    - Que faire avec un bac STG ?
    - Pour quelles études êtes-vous fait ?
    En librairie scolaire et sur le site www.letudiant.fr (rubrique “librairie”)

    Pour aller plus loin, avec l’aide d’un expert :
    - Solutions orientation (01 48 07 44 33 et www.letudian.fr/so)

    Bon courage et bonne chance

    Bruno Magliulo

  17. Contestatairele 07 juil 2008 à 9:40

    Ma fille a été reçue au bac L, à l’issue du premier groupe d’épreuves. Nous avons cependant été stupéfaits de découvriri sa note à l’épreuve écrite de philosophie (3/20), alors qu’elle a obtenu une moyenne de 15/20 sur l’année scolaire. Je croyais que les jurys sont tenus de prendre en compte les carnets scolaires afin d’ajuster les notes en tenant compte des performances réalisées au lycée !

    Mais surtout, nous ne comprenons pas sa note. Elle a gardé ses brouillons, en a discuté avec son professeur de philosophie qui ne comprend pas non plus. Il parait qu’il existe un droit de contestation de la notation au bac. Comment cela marche-t-il ?

    Merci de nous répondre très vite car notre fille est en liste d’attente pour une classe préparatoire, et avec une note pareille en philo, et une mention passable au bac , elle risque fort de ne pas y être admise.

    Bruno, Parent d’élève, Nîmes

  18. B. Magliulole 07 juil 2008 à 10:34

    Réponse à contestaire

    Croyez bien que je comprend l’étonnement de votre fille, surtout si elle a le sentiment de ne pas avoir démérité, que son propre professeur confirme cette impression en relisant ses brouillons de l’épreuve de philo, et qu’elle avait obtenu une moyenne de 15/20 dans cette matière tout au long de son année de classe terminale. D’autant que 3/20 est une note très sévère !

    Il est vrai qu’il est recommandé aux membres du jury de tenir compte du carnet scolaire des candidats , mais cela se fait au moment de la délibération globale, pas lorsque l’examinateur corrige une épreuve (dans ce cas, le prof de philo correcteur ne dispose pas du carnet scolaire de votre fille, et ne peut donc pas en tenir compte). Si bien que le carnet vise surtout à ajuster le résultat global, plus qu’à ajuster les notes propres à chaque épreuve.

    Et malheureusement, contrairement à ce que vous écrivez, il n’existe pas de droit de contestation de l’évaluation : l’examinateur (chaque examinateur) et le jury, sont souverains dans la décision finale.

    Par contre, votre fille dispose d’un droit accès à sa copie de philosophie. Ce droit est régi par trois textes réglementaires vieux d’une vingtaine d’années, mais toujours en vigueur : les notes de service du 15 janvier 1982 (parue au Bulletin Officiel de l’ducation Nationale du 28 juanvier 1982), du 30 janvier 1985 (BOEN du 7 février 1985), et du 10 juin 1988 (BOEN du 16 juin 1988). Ils stipulent que tout candidat majeur (ou ses tuteurs légaux) peuvent demander PAR ECRIT (à envoyer à l’attention du Président du jury : le jury de votre fille est mentionné sur ses convocations), à consulter une ou des copies de bac, dans le but, non de contester la note, mais “de permettre aux candidats de prendre connaissances des notes et appréciations qui ont pu être portées sur les épreuves qu’ils ont subies” (…) “afin d’améliorer à l’avenir les performances”. ATTENTION : IL FAUT LE FAIRE AVANT LA FIN DES EPREUVES ORALES.

    Concrètement, cela veut dire que la note ne sera pas transformée : aucun espoir à nourrir sur ce point. Le but n’est que de lui permettre de mieux comprendre sa note … à la condition cependant que l’examinateur n’ait pas baclé les appréciations qualitatives portées sur la copie, ce qui arrive parfois !

    Bon courage et bonne chance

    Bruno Magliulo

  19. Laurentle 14 sept 2008 à 20:14

    Pour moi le bac n’est pas un diplôme…
    il ne mène à rien , si on rate la suite on n’a pas plus avec le bac que sans…j’en suis la preuve vivante: ayant passé un concours catégorie c en 1980, je n’ai jamais eu le concours du niveau b…résultat, mes collègues croient que je ne sais ni lire ni écrire no compter…je n’ose même pas dire ce quej’ai fait après le bac de peur d’avoir l’air encore plus nase…alors: bacheliers accrochez vous dans vos études supérieures!!!

  20. B. Magliulole 15 sept 2008 à 11:12

    Réponse à Laurent

    Vous ne pouvez pas dire que le bac ne mène à rien, et encore moins que “on n’a pas plus avec le bac que sans”. De très nombreuses études , fort rigoureuses, démontrent que la population des élèves qui sortent de terminale sans avoir réussi à se doter du bac, est en moyenne (il y a heureusement des cas particuliers) bien pire que celle des bacheliers.

    Là ou je vous donne raison, c’est dans le cas où un bachelier général (pour les bacheliers professionnels ou technologiques, la situation est différente) n’irait pas plus loin. Dans ce cas, avec ou sans le bac, je vous concède que ça se ressemblera. Encore que, dans la durée d’une évolution de carrière, le bachelier pourra trouver des opportunités (notamment s’il est entré dans une carrière administrative, que le non bachelier risque de ne pas avoir : par exemple pour avoir le droit de se présenter à certains concours internes).

    Un baccalauréat donne droit à une place dans l’enseignement supérieur, et c’est une très grande différence par rapport à ceux qui ne l’ont pas. Certes, ce droit ne veut pas dire “pour aller dans la filière de son choix” : beaucoup de filières sont sélectives et être bachelier est une condition alors nécessaire, mais non suffisante. Mais un bachelier a droit à une place en première année d’université, pas le “non bachelier”.

    Encore que : après quelques années de vie active, un non bachelier peut , sur examen spécial d’accès, obtenir une dérogation et reprendre des études supérieures s’il le veut, et le peut bien sur.

    Il faudra ensuite, bien sur, qu’il réussisse à aller au moins jusqu’à une licence, et il est vrai que près de 50% n’y parviennent pas.

    Pour en revenir à votre cas, je peux comprendre votre frustration (et même plus), si, ayant réussi un concours de catégorie C (de niveau troisième donc), vous n’êtes jamais parvenu à réussir un concours de catégorie B (niveau bac). Mais de nos jours, je ne vous apprend rien en vous disant qu’un concours de catégorie B est tellement recherché (à cause du chômage), que de nombreux bac + 2, + 3 et même plus, qui devraient normalement se présenter à des concours de catégorie A, se rabattent sur les concours de catégorie B, si bien que les bacheliers, qui ont pourtant le diplôme requis, n’ont presque aucune chance.

    Vous n’avez donc pas à rougir de votre situation, qui s’explique en grande partie par des facteurs qui ne viennent pas de vous. Et si vous avez autour de vous des collègues qui “croient que vous ne savez ni lire ni écrire”, partez du principe que ce sont des cons ! Moi, à vous lire, je vois bien que vous savez lire et écrire, et même plutôt bien. Des non bacheliers, il y a en plusieurs centaines de milliers en France, et vous êtes donc loin d’être le seul dans votre situation. Et alors ?

    Et , à tout hasard, sachez que cette anéne, plus de 3000 candidats à un bac avaient 30 ans et plus, travaillaient depuis fort longtemps. Il n’est jamais trop tard pour s’y essqayer ou ré essayer si on le veut. Mais il faut “s’accrocher”, car c’est une opération difficile. Je dis bien “difficile” et non “impossible”

    Bon courage et bonne chance

    Bruno Magliulo

  21. Guinchardle 17 nov 2008 à 23:41

    Le poids de l’histoire est important: si le principe du contrôle continu a été admis pour les bacs agricoles (ainsi que celui d’un enseignement largement pluridisciplinaire) c’est probablement parce que l’enseignement secondaire agricole est moins ancien (lui ne fête pas son bicentenaire!), concerne beaucoup moins de lycéens, dépend d’un autre ministère et est sans doute plus fréquemment assuré par des établissements privés.
    Aux partisans du maintien de la fonction de ticket d’entrée dans l’enseignement supérieur (fonction de plus en plus illusoire comme vous avez eu indiscutablement raison de l’affirmer), on peut répondre qu’il pourrait ne pas être un simple “certificat de sortie”, comme ils tendent à le dire dédaigneusement, mais comporter une véritable évaluation. Il faudrait, j’en suis désolé, qu’on puisse continuer à le rater éventuellement… Tout en ne condamnant pas à la galère les jeunes qui se trouveraient dans ce cas.
    Mais là, c’est la structure, l’état et la conjoncture du marché du travail qui sont déficients: en caricaturant, on pourrait dire que les lycéens en échec sont des chômeurs évités… Et que l’Education nationale, tout en les conservant, ne les traite pas bien pour autant.
    Enfin, une cause parmi d’autres de l’hostilité à l’hypothèse du contrôle continu me paraît être que les enseignants ne se font pas confiance entre eux ni à eux-mêmes, ce qu’ils ont encore plus de peine à s’avouer. Ce qui conduit à préférer un système anonyme non seulement pour les candidats mais aussi pour les examinateurs… Pas facile de regarder en face les personnes que l’on évalue, parfois sévèrement! Rien, aucune réflexion ni sensibilisation à ce rôle forcément “méchant” par moments n’est jamais présent dans l’EN. Alors, plutôt envoyer ses élèves se faire maltraiter par d’autres profs que par soi-même.

  22. Akribikle 17 nov 2008 à 23:58

    Réponse personnelle très tardive à “contestataire”: d’abord, félicitations à votre fille pour avoir réussi à avoir son bac à l’écrit avec un 3 dans une matière dont le coeffficient est le plus important en série L, car cela implique de très bonnes notes dans les autres matières. Je dis cela sans ironie aucune, et j’admets que sans être très fréquentes, des situations aussi surprenantes ou scandaleuses se produisent dans ma matière, la philosophie. Cela ne se justifie pas mais s’explique hélas, tout en fournissant justement un argument pour envisager le passage au contrôle continu. Les épreuves de philosophie présentent à un point très net des faiblesses qui existent sans doute dans une moindre mesure ailleurs: un programme beaucoup trop éclectique et peu prescriptif, la contrainte d’assimiler des éléments inédits en une seule année, un grand flou sur la nature et l’exigibilité des connaissances, des types d’épreuves difficiles à évaluer parce mettant en oeuvre beaucoup de compétences en même temps, enfin un consensus mou entre beaucoup de profs et l’essentiel de l’inspection pour ne pas fixer de critères collectifs.
    C’est ce qui explique une anomalie: les notes sont basses pour la majorité des élèves, comme si l’épreuve n’était pas “réussissable”, par principe dirait-on.

  23. B. Magliulole 19 nov 2008 à 12:25

    Réponse à Akribik

    D’abord, merci pour ce commentaire qui me permet d’évoquer une importante question.

    Vous savez sans doute (mais nombre d’autres personnes ne le savent pas, ou pas encore) qu’il est envisagé, dans le cadre de la réforme du lycée, d’introduire un enseignement de philosophie en classe de première. Ce n’est à cette date pas encore confirmé, mais c’est assez sérieusement envisagé. Si c’est le cas, nul ne sait aujourd’hui si ce sera pour tous les “parcours progressifs de spécialisation” (pour reprendre la terminologie bureaucratique actuellement employée par nos responsables ministériels), ou uniquement pour le futur parcours “humanités et arts” (qui remplacera l’actuelle série L). Or, des voix s’élèvent pour dire que les élèves de la future voie “sciences de la société” (ex ES) devraient également être concernés, et pourquoi pas les futurs étélèves du parcours “sciences” (S), voire technologies …

    Du coup, si cela s’avérait fondé, le problème de l’évaluation des “performances” des élèves en philosohie que vous évoquez, prendrait un sens particulier, puisqu’il s’étendrait à la classe de première.

    Quand à l’idée d’une plus ample prise en compte du contrôle continu (ou “contrôle en cours de formation”) pour l’évaluation conduisant au baccalauréat, elle est également à l’ordre du jour de la réforme du lycée. Mais de ça, prudemment (car la “patate” est très très chaude), le ministre ne parle pas. Il faudra bien qu’il le fasse … mais il préfère sans doute refiler cette “patate très chaude” à celui qui sera aux manettes de l’Education nationale lorsque le nouveau bac devra être mis en place.

    bruno Magliulo

  24. B. Magliulole 19 nov 2008 à 13:09

    Réponse à Guichard

    Merci d’abord pour cette longue et très intéressante contribution.

    Je ne commenterai pas trop longuement vos propres commentaires : ils se suffisent à eux même, et comme en plus je partage très largement votre vision, ça serait redondant.

    Un point tout de même, que je me permet d’ajouter. Vous évoquez les anomalies de notre actuel système d’évaluation. J’ai été frappé de lire, à propos de la dernière publication des résultats de l’enquête PISA (vous savez : cette enquête internationale comparative des “performances” des élèves de 15 ans/16 ans (donc en gros, sortie de collège), qui conerne cette année plus de cent pays , et dans laquelle la France n’est pas bien classée). Je lis quelque chose qui m’interpelle : “si les jeunes français réussissent mal ou médiocrement, nous ne pouvons pas affirmer que c’est parce qu’ils ne savent pas répondre, mais parceque beaucoup n’osent pas répondre et préfèrent s’abstenir plutôt que de courir le risque de l’erreur”. J’ai pris ce commentaire comme un véritable coup de poing. En pratique, on nous reproche d’avoir un mode d’évaluation/sanction plutôt qu’une évaluation/encouragement, si bien que les jeunes français n’oseraient pas répondre quand ils ne sont pas sûr de leur réponse. Autre observation de l’enquête : “en France on met beaucoup plus l’accent sur les connaissances, alors que l’enquête PISA prend en compte les connaissances certes, mais aussi les compétences, y compris transversales. Or, force est de constater que dans l’esprit d’une large majorité d’enseignants français, seule la première catégorie est digne d’intérêt” !

    C’est cinglant non ?

    Merci encore opour votre contribution

    Bruno Magliulo

  25. Akribikle 19 nov 2008 à 20:28

    1) Concernant la perspective de l’introduction de la philosophie en première, j’en suis partisan, et partisan actif, étant membre de l’Acireph (Association pour la Création d’instituts de Recherche sur l’Enseignement de la Philosophie), association ouverte depuis 10 ans à tous les profs de philo du public et du privé, qui se refuse aux approches conservatrices et corporatistes du métier de prof de philo, milite pour une démocratisation de l’enseignement de la philosophie, en même temps que pour une démocratisation par cet enseignement (dans la mesure où il peut y contribuer, et sans se raconter d’histoires, évidemment) - seule association à avoir pris position pour cette extension et avoir travaillé à des scénarios de mise en place et de programme.
    La bataille n’est pas gagnée, ce qui est sûr c’est que nous tenons à / et agirons pour que cela se fasse dans un esprit de coopération et de complémentarité avec les autres disciplines. D’autre part, pour nous, il est évident que les heures octroyées à la philosophie en première viendraient en déduction de l’horaire de terminale, pour ne pas alourdir la masse horaire imposée aux lycéens, et parce que la priorité c’est la progressivité de cet enseignement pour le faire sortir de son étrangeté de matière à bac vite étudiée, vite oubliée, et absolument pas de grappiller des heures au profit des profs.
    C’est sur ce point que nous nous séparons résolument de l’”autre” association de profs de philo, qui en a fait un préalable non négociable.
    Nous avons milité pour que les programmes de philo soient repensés de façon beaucoup plus précise et aussi maîtrisable par les élèves. Hélas, cette guerre des programmes, nous l’avons perdue en 2003, lorsque la version finale, très décevante, a été fixée. Nous restons le poil à gratter de la profession. C’est déjà ça!
    Pour se faire une idée de l’association: http://www.acireph.net

    2) Les résultats de Pisa sont en effet symptomatiques: les jeunes Français sont objectivement dressés à obéir à l’alternative “Je sais, je réponds” vs. “Je ne sais pas, je me tais, je ne cherche pas”. C’est grave.

  26. B. Magliulole 22 nov 2008 à 12:46

    Réponse à Akribik

    Merci pour cette contribution, qui présente l’intérêt de mettre en lumière un débat qui, je le sais, parcourt la famille des professeurs (et inspecteurs) de philosophie :

    D’un côté, celles et ceux qui veulent être à la fois en première et terminale, mais sans qu’on n’entame en quoi que ce soit les actuels horaires de terminale, et qui ne voient pas toujours d’un bon oeil cette extension aux classes technologiques (qui donc verraient bien cette “ouverture” limitée aux voies généales).

    De l’autre côté ceux qui, comme vous, et votre association dites vous,militent pour une “démocratisation raisonnable” (je mets des guillemets, mas c’est moi qui le dit comme ça) de l’enseignement de la philosophie, en acceptant le principe d’un redéploiement d’une partie des heures de terminale vers la première (logique de l’extension à coût presque constant), et ne voient guère d’inconvénients à ce que les élèves des voies technologiques bénéficient de cet enseignement comme les autres de l’enseignement général.

    Très éclairant

    Merci

    bruno Magliulo

  27. vincentle 13 jan 2009 à 20:50

    Je réponds tardivement à cette question que je me pose depuis très longtemps. E t la réponse est définitivement oui il faut supprimer le bac. (Je suis prof)
    -Plus aucun intérêt dans la mesure ou 87% de réussite sur 1 an et 98% sur deux autant dire que que 100% d’obtention car il y a les impondérables qui forment les 2% restants.
    -Nous savons tous (les profs présents sur ce forum ne me contredirons pas) que le BAC est DONNE aux élèves même au plus mauvais (ce qui ne font rien pour l’obtenir sinon que de se présenter à l’épreuve), je pourrais donner nombres d’exemples d’élèves obtenant à peine 8 de moyenne tout au long de l’année et qui obtiennent leur Bac sans difficulté…
    - Le Bac coûte une fortune à l’éducation nationale 200 millions d’euros par an, mais certain avance le chiffre de 280millions!! Utilisons cette somme gigantesque à améliorer l’enseignement et non à valider un “diplôme” qui ne sert à rien.
    - Ce pseudo BAC permet l’accès à l’université et bien je vous dis que c’est le cancer de l’université, si notre université se meurt c’est à cause de cette pantalonnade, rentre à l’université les plus mauvais et non comme l’avais entrepris Napoléon l’élite intellectuelle.
    -Notre université est censée former des penseurs et des chercheurs voir des professeurs mais comment réaliser cette prouesse avec des lycéens sachant à peine écrire… (je précise que les meilleurs lycéens aujourd’hui ne s’inscrivent plus à l’université, c’est bien dommage mais ils ont raison!

    J’ouvre un peu le débat sur autre chose concernant l’éducation, quand arrêterons nous avec la suprématie des maths à l’école?
    Tout du moins sous sa forme actuelle. Combien d’entre vous on utilisé une fois dans leur vie ses fameuses fonctions?
    Par contre le français, lu, écris, parlé devrait être au centre de toutes les étapes scolaire car son utilité est incontournable et pas seulement pour la communication. (je ne suis pas prof de français)
    Je sais juste qu’aujourd’hui si vous êtes mauvais en math et bien vous pouvez vous attendre à un parcours scolaire dès plus compliqué et c’est inadmissible!

    Pour finir j’enseigne depuis 19ans j’adore mon métier et mes élèves, je leur souhaite de réussir tous les jours mais je suis exigent et ils me remercient de cela bien souvent.
    Supprimons le bac et remettons de l’exigence dans notre enseignement, les élèves nous en seront reconnaissant.
    Arrêtons avec l’hypocrisie, tout le monde ne peut pas devenir médecin, il faut aussi des maçons et des boulangers et moi j’aime bien le bon pain.

    Restons optimiste même si parfois cela devient compliqué.

  28. vincentle 13 jan 2009 à 20:54

    Lisez: Stop à l’arnaque du bac de Jean robert PITTE, ancien président de la Sorbonne c’est édifiant.

  29. B. Magliulole 18 jan 2009 à 13:19

    Réponse à Vincent

    Merci pour ce long plaidoyer en faveur de la suppression pure et simple du bac. Vous n’êtes évidemment pas le seul à penser ainsi, et comme vous, j’ai lu le livre de l”ancien Président de l’université de Paris-Sorbonne (Monsieur Pitte), consacré à ce sujet, intitulé “Halte à l’arnaque du bac !”. ce livre est dans ma bibliothèque personnelle.

    Je ne vous apprendrai rien en vous disant que votre avis , s’il est largement partagé, se heurte à l’avis contraire de beaucoup d’autres, et qu’une décision allant dans le sens de ce que vous prescrivez n’est politiquement pas facile à prendre : bien des ministres (de droite comme de gauche) qui ont essayé s’y sont cassé les dents.

    D’ailleurs, même Monsieur Pitte, aux vues pourtant très “ultra”, ne va pas aussi loin. Ce qu’il demande, ce n’est pas la suppression du bac, mais son allègement et simplification, et l’introduction d’un droit à la sélection généralisée à l’entrée de l’université, seul secteur d’études supérieures contraint d’accepter tout bachelier en son sein … du moins en première année.

    Quand à l’impérialisme des maths dans l’enseignement secondaire français, il est clair qu’il y a également beaucoup à faire : c’était précisément l’un des axes de la réforme du lycée telle que projetée par le ministre Darcos, mais là aussi, force est de constater que le courage opolitique a manqué pour que cette nécessaire réforme se fasse. On nous dit que ça n’est que partie remise. A suivre donc ! Sur ce point, je vous renvoie à l’article que j’ai écrit sur ce blog, intitulé “la réforme du lycée : le grand bond en arrière”

    Merci encore pour votre contribution au débat

    bruno Magliulo

  30. benle 17 juin 2009 à 19:14

    il y avait aussi l’idée de donner ou pas le bac par controle continu en faisant la moyenne des 6 trimestres ou 4 semestres et si la moyenne de ceux était égale ou supérieur à 10 l’éléve l’aurait, mais les enseignants et parents d’éléves si oppose du fait que le professeur serait lui même jugé selon les moyennes et pourrait donc noter trés large!

  31. B. Magliulole 18 juin 2009 à 9:49

    Réponse à Ben

    Il est vrai que nombreux sont ceux qui pensent qu’il faudrait que l’évaluation des élèves candidats au baccalauréat se fasse par une plus grande part de contrôle en cours de formation (c’est à dire, comme vous avez raison de l’écrire, en reprenant les notes données par les professeurs de certaines matières à leurs élèves en cours d’année scolaire).

    Mais il n’a jamais été question que TOUT le bac soit évalué comme cela. L’idée est que certaines épreuves (correspondant pour chaque bac à une série de matières fondamentales) continuent d’être évaluées par des épreuves externes finales et un jury indépendant du lycée d’origine du candidat, et que d’autres (combien : ce serait à décider) seraient évaluées par contrôle en cours de formation.

    Je vous fais d’ailleurs remarquer que c’est déjà le cas, mais pour un nombre fort restreint d’épreuves : les TPE par exemple. L’idée serait alors que ce soit le cas pour un plus grand nombre de disciplines, mais pas toutes bien sur.

    Ce système suscite débat dans le secondaire. Les opposants à cette évolution mettent divers arguments en avant :

    1. Celui que vous évoquez d’abord, qui consiste à dire qu’en effet, les professeurs seraient alors à la fois juges et partie. Ils évalueraient les épreuves du bac de leurs propres élèves, ce qui fait craindre des notations douteuses (trop grande sévérité dans certains lycées, trop grand laxisme dans d’autres, risque de “règlement de compte” final, etc). Sur ce point, je signale seulement que dans l’enseignement secondaire, il y a longtemps que les diplômes de l’enseignement professionnel (CAP, BEP, bacs professionnels), sont délivrés avec une forte dose de contrôle en cours de formation, et cela n’a jamais posé de problème. Pourquoi y en aurait-il dans les lycées généraux et technologiques et pas dans les lycées professionels ? Et dans le supérieur aussi on le fait depuis longtemps, notamment en université (par exemple : les IUT délivrent un diplôme final pour lequel les étudiants sont TOTALEMENT évalués par le contrôle en cours de formation, et personne ne dit que ce sont des diplômes au rabais, ou que cela pose un problème quelconque.

    Autre chose : l’avantage du contrôle en cours de formation est qu’on juge les performances d’un candidat sur des résultats inscrits dans la durée d’une année scolaire, ce qui présente l’énorme avantage de supprimer les aléas d’une évaluation sur une épreuve finale à un moment donné. Ne trouvez vous pas injuste qu’un candidat qui a une moyenne de 13/20 en philosophie tout au long de l’année, puisse , par “accident” le jour du bac (sujet hyper difficile, état de santé défaillant, stress…) se “planter” et n’avoir que 4/20, et qu’invesement, un élève qui a fait la preuve de ses insuffisances, puisse tomber sur ses impasses, donc sur un “bon” sujet, et réussir l’épreuve finale alors qu’il n’a pas les acquis correspondant à cette matière ?

    2. La crainte que cela ne nuise au statut du baccalauréat en tant que diplôme national. Un bac évalué par des notes données sur la base du contrôle en cours de formation serait aux yeux de certains un “bac maison” (le bac du lycée Henri IV, le bac du lycée de La Courneuve …), et donc c’en serait fini du bac ayant le statut de diplôme d’Etat. Je considère que c’est là un pur phantasme : il y a un demi siècle que c’est comme cela qu’est évalué un étudiant à l’université (pas de jury externe : totalement noté par ses propres profs) et jamais je n’ai entendu quiconque dire qu’un DUT, une licence, un master … ne seraient de ce fait pas des diplômes d’Etat.

    3. Et il y aurait enfin le risque que du fait que le baccalauréat cesserait d’être un diplôme d’Etrat, il ne donne plus le droit automatique d’entrer en première année d’une université. C’en serait fini du bac en tant que “premier grade universitaire”. Il deviendrait , comme le brevet des collèges, un simple certificat de fin de cycle d’études secondaires. Et de même que ce n’est pas parce qu’on a réussi le brevet qu’on est automatiquement admis en seconde, ce ne serait plus parce qu’on a réussi à obtenir son bac qu’on trouverait une place dans l’enseignement supérieur.

    Comme vous le voyez, tout ceci est largement infondé, et surtout, n’est présentement pas, mais alors pas du tout d’actualité. En l’état actuel de la loi et des textes réglementaires, le baccalauréat n’est nullement menacé. Par contre, que dans le futur il évolue, pourquoi pas ? Ne croyez vous pas que c’est actuellement d’une incroyable lourdeur, d’un coût exorbitant, et que l’assouplir irait dans le bon sens ?

    Merci en tous cas pour nous avoir livré votre point de vue sur ce délicat sujet, et n’hésitez pas à commenter à nouveau sur ce thème si vous en éprouvez le besoin

    Bruno Magliulo

  32. lycéen du 92le 19 juin 2009 à 13:21

    Pour moi, le bac est un examen qui marque la fin d’un cycle, le lycée mais aussi la fin de toute une scolarité soit au moins 15 ans. Avoir son bac est la récompense du nombre d’année de travail. Un lycéen qui le passe veut montrer son niveau et cherche à avoir une mention. Pour l’élève le bac lui permet d’avoir des portes ouvertes et de réussir sa vie. C’est la base de toute une carrière mais qui a aussi une grande valeur.

  33. B. Magliulole 20 juin 2009 à 11:33

    Réponse à “lycéen du 92″

    Merci d’abord pour avoir pris le temps d’exprimer ce commentaire.

    Un de mes amis, qui est Inspecteur Général et exerce des fonctions importantes au Ministère de l’Education nationale depuis de nombreuses années, a coutume de dire que “avec le bac on n’est pas grand chose aujourd’hui, mais sans on est mort” !

    C’est sans doute un résumé quelque peu réducteur, mais il rejoint me semble-t-il en partie votre propos , dans la mesure où il exprime d’une façon particulière le fait que même si, indéniablement, “le bac n’est plus ce qu’il était”, il reste un passage obligé.

    Il est vrai qu’aujourd’hui, presque tous les lycéens l’obtiennent (85% de réussite moyenne sur une seule session, 92% en cas de redoublement, 96% en cas de triplement), alors qu’en 1950 (je sais, je fais référence à une époque où vous n’étiez pas encore de ce Monde, mais c’est ça l’histoire), le taux de réussite sur une session n’était que d’un peu moins de 50% ! On est en outre à près de 66% d’une tranche d’âge qui peuvent se targuer d’être bacheliers, contre moins de 30% dans les années 1960, et 5% à peine vers 1925. En d’autres termes, il y a eu “massification” de l’accès à ce diplôme, qui en cessant d’être rare, a beaucoup perdu de sa valeur économique (je veux dire, sur le marché de l’emploi).

    Mais il n’a pas autant perdu de sa valeur symbolique, et là je vous rejoins entièrement. Comme chacun peut le remarquer, le bac se passe pour la plupart à 18 ans, l’âge de la majorité légale. Certains l’assimilent à une sorte de “rite d’initiation”, le symbole d’un “passage à la vie adulte”. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder en ce moment, dans la presse écrite, audio-visuelle … toutes les informations qui sont consacrées à ce sujet.

    Mais surtout, il garde totalement sa valeur scolaire dans la mesure où en France (et ce n’est pas le cas dans nombre de pays étrangers), il donne le droit au passage dans l’enseignement supérieur. Il est même pour cela un passage quasi obligé (ce qui renvoie à l’idée que “sans le bac on est mort”, sur le plan symbolique bien sur. Certes, ce droit est limité dans la mesure où un bachelier doit cependant faire face à la sélection qui règne à l’entrée d’une importante partie des filères d’études supérieures (classes, prépas, IUT, BTS, écoles, certaines universités …), si bien que pour ce secteur d’études supérieures, il n’est qu’une condition nécessaire (le droit du lycéen se limite à celui d’être candidat à l’admission), mais non suffisante (il peut être écarté si d’autres candidats sont jugés meilleurs que lui). En fait, ce droit aux études supérieures ne demeure intégal (le bac est aors une condition à la fois nécessaire ET suffisante) que pour les admissions en première année des premiers cycles licences, donc pour l’entrée en université (sauf le cas des universités “dérogatoires” qui peuvent faire de la sélection à l’entrée, comme Paris-Dauphine en sciences économiques par exemple).

    Ainsi, pour résumer ma pensée, je suis d’accord avec vous quand vous dites que le baccalauréat garde une grande valeur, “est la base de toute une carrière”, mais je pense honnête de considérer que cette valeur a changé progressivement, n’est donc plus la même qu’auparavant. Mais en effet, aujourd’hui, si on veut pouvoir développer positivement une carrière, il est quasiment nécessaire de commencer par l’obtenir : les autodicates (ceux qui réussissent sans diplômes) existent certes encore, et c’est tant mieux, mais force est de constater que dans le monde d’aujourd’hui, ils sont de moins en moins nombreux.

    Bruno Magliulo

  34. Aquoibon ?le 21 août 2009 à 11:10

    Je suis père d’un enfant qui vient de réussir son bac STG. Je devrais être content, et pourtant, je ressens un gros malaise.

    Mon fils n’a strictement rien fait durant toute son année scolaire de classe terminale. Il s’est laissé porter au gré de ses envies de musique, de sport, de partir voir “ses potes”, sa copine, la télé… mais surement pas par ses cours d’anglais ou son bouquin de comptabilité-gestion. D’ailleurs, et fort justement, ses professeurs n’ont pas arrêté de le prévenir qu’avec un tel manque de travail, les cours fréquemment séchés, il risquait fort de rater son bac.

    Ce discours, ma femme et moi l’avons fréquemment relayé à la maison, et sans hésitation car le discours critique des profs était fondé et juste.

    Rien n’y a fait : il n’arrêtait pas de nous dire que “le bac STG aujourd’hui c’est facile” , et s’est fermement accroché à son comportement scolaire désinvolte.

    Arrivent les épreuves, et le résultat : il est reçu. Certes, avec une humble mention passable, mais reçu ! De quoi avons-nous l’air, et ses profs ? Il en ricane chaque jour !

    A quoi rime le bac si c’est devenu un examen que n’importe qui, avec n’importe quelle dose de travail, ou plutôt de non travail, peut réussir ? A quoi rime le bac quand 9 candidats sur 10 le réussissent sur une session, 19 sur 20 sur deux sessions ? On en est est donc arrivé à une situation totalement absurde : les exigences pendant une année scolaire au lycée sont devenues démesurément hautes au regard de ce qui suffit pour avoir son bac ! Je trouve tout cela lamentable !

    Bien entendu, il y a quand même un prix à payer, et ce prix est catastrophique à mes yeux. Notre fils n’a obtenu aucune des orientations qu’il demandait en premier rang (se faire admettre en IUT d’abord, en STS ensuite…) : toutes ces formations sont sélectives à l’enrée et sont tellement demandées que le dossier de candidature de notre fils, très mauvais en vérité, a conduit l’ensemble de ces établissements à normalement l’écarter au profit d’autres candidats, ayant accompli un meilleur aprcours durant les années de première et terminale.

    Résultat : il a dû accepter son dernier voeu d’orientation qui est une entrée (sans sélection bien sur) en première année de licence AES (administration économque et sociale). 0r, je constate que les bacheliers STG qui entrent dans cette filière sont moins de 25% à parvenir à la licence (ce sont largement les bacheliers généraux qui y réussissent le plus : 70%), et que surtout, ce sont les bons STG qui ont des chances d’y réussir. C’est clair : mon fils n’a pas le profil requis pour être dans le groupe des futurs reçus !

    Ainsi, on lui aura délvré un diplôme (le bac) qui est un véritable leurre, qui l’aura poussé dans une fac poubelle sans encadrement et non désirée (dernier voeu d’orientation), pour laquelle il n’est absolument pas adapté. Autrement dit, on l’a formaté (mais j’admet qu’on peut aussi dire qu’il s’est formaté par son manque de travail et de prise de conscience des réalités de cet univers pervers) pour une réussite (au bac) en trompe l’oeil, et un échec potentiel quasi inévitable.

    Pire : cette filière AES est réputée pour son manque de débouchés professionnels, et la médiocrité des carrières que font ensuite ceux qui réussissent à y décrocher des diplômes. Ainsi, à supposer que le coup du bac se reproduise en licence (j’en doute, mais je finis par me demander si cette gangrenne que je dénonce n’a pas atteint les premiers cycles universitaires), il finirait par décrocher un diplôme … qui ne vaudra pas grand chose sur le marché de l’emploi.

    J’admet bien sur que nous avons notre part de responsabilité dans ce qui arrive : nous n’avons pas su, malgré tous nos efforts, conduire notre fils à se comporter autrement. Mais le pire à mes yeux est que tous ces efforts de notre part, de la part des enseignants … se terminent par la réussite d’un enfant qui ne le méritait pas.

    Et ne vous faites pas d’illusion : les élèves sont de plus en plus nombreux à se le dire, à bien avoir compris que le bac aujourd’hui “c’est fastoche”, et à être de ce fait imperméables au discours de leurs enseignants et de ceux des parents qui refusent de basszer les bras… du moins jusqu’à une certaine limite.

    Ne trouvez-vous pas que ce système est scandaleux et inacceptable ?

    Jacques, près d’élève très très énervé

  35. B. Magliulole 25 août 2009 à 13:54

    Réponse à “Aquoibon” (!!!)

    Merci d’abord pour ce très intéressant et très commenté “coup de gueule”, dénonçant ce qui, à vos yeux (mais c’est un point de vue largement partagé) est devenu une énorme supercherie de notre système éducatif.

    Il est indéniable qu’au fur et à mesure que les taux de réussite aux baccalauréats augmentent (plus de 87% en 2009, contre moins de 70% il y a quinze ans), et qu’en tenant compte des redoublants, c’est à un taux global de réussite supérieur à 90% que l’on a affaire, il est permis de se demander ce que vaut un tel diplôme. Et de fait, le niveau requis pour réussir cet examen est devenu tel qu’il s’est créé un décalage de plus en plus important entre ce qui est exigé au lycée par les professeurs , et ce qui est attendu pour réussir l’examen final.

    A ce sujet, je ne reviendrai pas sur le développement que j’ai rédigé dans l’article qui est en début de cette rubrique, sous le titre “Faut-il supprimer le bac ?”.

    Oui, en se généralisant, donc en perdant de sa rareté d’antan, il arrive au baccalauréat ce qui arrive à tous les produits abondants : il perd fortement de sa valeur.

    Cest la raison pour laquelle nombre d’établissements d’enseignement supérieur ne tiennent plus guère compte du résultat à cet examen pour décider de recruter ou pas un candidat à l’admission. Dans ces filières (écoles, classes préparatoires, IUT, STS…), qui sont de loin les plus prisées par les élèves de terminale, et sont autorisées à sélectionner leurs admis (sur dossier, concours, tests, entretien et/ou lettre de motivation …), c’est bien avant le bac que le tri sélectif des candidats se fait.

    Mais le bac, légalement, reste une condition nécessaire pour pouvoir entrer dans ces filières les plus demandées. On ne peut donc pas dire qu’il ne sert plus à rien, qu’il ne vaut rien … mais c’est devenu une condition simplement nécessaire, et non suffisante.

    Et les reçus au bac qui ont accompli un parcours scolaire médiocre ou trop moyen en première et terminale, étant écartés par définition des filières sélectives, ne peuvent qu’aller faire des études supérieures là où le bac suffit : la première année d’un premier cycle universitaire. C’est ce qui arrive à votre fils bien sur, qui après son médiocre parcours en première et terminale, et sa réussite au bac, a été refusé à l’entrée des filières qui avaient sa préférence, et est obligé de se rabattre sur son dernier voeu : une première année de licence AES.

    Gros taux d’échec en effet des STG dans cette filière : vous le dites vous même, ils ne sont qu’un quart à atteindre la licence, et inutile de vous dire que ceux qui en font partie étaient les plus souvent des élèves qui étaient sortis du lycée dotés de bonne bases, ce qui ne semble pas être le cas de votre fils. Ca va donc être très très dur.

    Mais comme on dit : c’est comme ça ! Ca ne sert donc à rien de continuer de lui enfoncer la tête sous l’eau. Ce qui va être important, désormais, c’est de l’encourager à changer de comportement, à “mouiller le maillot” comme on dit en sport, bref , à déployer les efforts sans lesquels en effet, il va probablement faire partie des 75% de STG qui échouent dans cette filière. Et si cela vient enfin, sachez qu’à bac + 2 (après sa deuxième année de licence), il pourra éventuellement se présenter aux concours parallèles en vue de tenter de se faire admettre dans une grande école de commerce, de management des entreprises, ou autres … Et s’il va jusqu’à la licence, il existe divers “masters” (diplômes de deuxième cycle en université) spécialisés professionnellement, de bonne qualité, ou , là encore, la possibilté de bifurquer vers des grandes écoles. Et s’il désire s’arrêter à bac + 3 (ce qui n’est déjà pas mal), sachez qu’il existe en AES nombre de licences professionnelles extrêmement intéressantes pour un bachelier STG.

    Bref : c’est loin d’être définitivement fichu, à la condition cependant qu’il s’y mette sérieusement.

    Merci encore pour ce très intéressant témoignage.

    Bon courage et bonne chance

    Bruno Magliulo

Trackback URI | RSS : Commentaires

Laisser une réponse