20 mai 2008
Pour ou contre le redoublement ?
La France détient le triste record du taux de redoublement dans l’enseignement secondaire. Ainsi, en 2006, alors que dans les pays membres de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique, qui réunit les pays les plus avancés du Monde), 13% des élèves de moins de 15 ans avaient redoublé une fois au moins, en France, ce taux est triple : 38% en moyenne ! Autre indicateur significatif : alors qu’en 2006, 14,4% des élèves de seconde générale et technologique ont redoublé cette classe, ils ne sont que 8% à avoir fait de même en moyenne européenne ! Ainsi, dans le système scolaire français, on est largement porté par l’idée que pour remédier à certaines insuffisances scolaires, il faut faire redoubler l’élève défaillant, dans son intérêt bien sur ! Cette idée est fortement ancrée dans l’esprit d’une large majorité de nos enseignants, et même chez de nombreux parents d’élèves puisqu’on observe depuis quelques années chez ces derniers une augmentation des demandes de redoublement volontaire, notamment aux niveaux troisième et seconde, mais aussi première.
Or, chose fort surprenante en vérité, lorsqu’on compare les performances des élèves d’un pays à l’autre, on constate que les pays qui sont en tête du palmarès dans divers classements (Finlande, Norvège, Corée du Sud, Japon …), sont des pays où le redoublement est quasiment inconnu, n’est imposé que dans des cas très exceptionnels, alors qu’en France, les performances de nos élèves les classent de façon relativement moyenne, loin des premiers. Comment est-il possible que ce soient des pays où le redoublement est quasi banni dans l’enseignement secondaire, telle la Finlande par exemple, que les élèves réusissent le mieux ? Le moins que l’on puisse dire est qu’au regard de ces mauvaises performances de nos jeunes collégiens et lycéens français, le doute est permis concernant l’efficacité du redoublement, d’autant que lorsqu’il est décrété, l’élève français se retrouve presque exactement dans les mêmes structures et conditions pédagogiques que celles qu’il avait connu l’année d’avant.
Un redoublement qui, de surcroit, coûte fort cher à l’Etat et aux familles. Savez-vous que si on parvenait à supprimer en France tout redoublement, on pourrait consacrer l’équivalent de 25000 services d’enseignants au suivi individuel ou en petits groupes des élèves, et notamment des élèves en difficulté ? Car c’est bien ce qu’ont choisi de faire nombre de pays, dont la Finlande : pas de redoublement sauf exception, mais on met le paquet sur l’accompagnement individuel des élèves, et notamment sur le soutien. Pour avoir eu le plaisir de faire le désormais incontournable voyage à la découverte du système éducatif finlandais, nous pouvons affirmer que nos interlocuteurs de là-bas ont depuis fort longtemps compris que cette politique est non seulement moins coûteuse, mais nettement plus efficace. La preuve : ils sont régulièrement numéro un dans la célèbre enquête comparative PISA (comparaison des acquis des élèves dans divers domaines).
En France, pays champion du redoublement, la question est désormais clairement posée, et la volonté affichée de réduire les taux de redoublement (cela n’est pas nouveau, mais on considère qu’ils demeurent à des niveaux trop importants), tout en développant la mise à disposition des établissements de moyens supplémentaires afin d’assurer un meilleure prise en charge de la difficulté scolaire de certains élèves. L’idée est que cela pourrait se faire à coût constant : les économies réalisées grâce à la diminution des taux de redoublement, pourront être pour tout ou partie redéployées pour le soutien des élèves en difficulté.
Merci de nous faire part de votre point de vue sur ce très intéressant sujet, en tant que membre de l’institution scolaire bien sur, mais aussi en tant que parent d’élève ou élève, ou humble citoyen intéressé par le sujet .
Bruno Magliulo
