Archive de avril, 2008

Au Journal officiel du 19 mars 2008, un décret (N°2008-265, du 17/03/2008), stipulant, dans son article 3, que “l’admission en IUT (institut universitaire de technologie) est de droit pour les élèves qui (…) obtiennent une mention “bien” ou “très bien” au baccalauréat technologique dont le champ professionnel est en cohérence avec le département d’IUT demandé”. Ce texte est le pendant d’un autre, paru il y a un an (décret N° 2007-540, du 11 avril 2007, paru au Journal Officiel du 12/04/2007), qui octroyait le même avantage pour les sections de technicien supérieur (STS, préparatoires aux BTS).

Il s’agit ni plus ni moins que d’inciter les bacheliers technologiques à faire de l’orientation vers les BTS ou DUT une priorité (au détriment des bacheliers généraux, invités de ce fait à privilégier les filières plus longues : universités, grandes écoles), et d’inciter les responsables de STS et d’IUT à pratiquer une véritable “politique de discrimination positive” en leur faveur. Condition cependant : que la filière professionnelle de ce type demandée soit “en cohérence” par rapport à la spécialité du baccalauréat technologique préparé par le candidat.

On notera cependant que les bacheliers technologiques sont de longue date majoritaires à demander priroitairement leur accès en BTS (surtout), IUT (dans une moindre mesure). Ces deux textes s’adressent donc principalement à ceux qui demandent en premier voeu une orientation universitaire (environ 20 à 40%, selon la spécialité du bac technologique préparé).

Notons que le texte concernant les BTS était beaucoup plus ferme que celui relatif aux IUT. On y ajoutait en effet que l’admission des bacheliers technologiques (mais aussi professionnels, bacheliers dont il n’est pas question dans le texte relatif aux IUT), devait être considérée comme prioritaire, quelle que soit leur mention au bac. Et on ajoutait même qu’en cas de refus de la part des responsables d’un tel établissement, le candidat évincé malgré une mention “bien” ou “très bien” à son bac techno ou pro, bénéficie désormais d’un droit de recours auprès du recteur. Rien de tel pour les IUT. Seul point commun donc : admission de droit pour les bacheliers technologiques mention “bien” ou “très bien”.

 A cet égard, nous pensons que le texte concernant l’admission en IUT est beaucoup moins novateur et utile que celui qui concerne l’admission en STS, et pour tout dire, n ‘apporte pas grand chose par rapport à l’état existant des choses. Je fais le pari que pour beaucoup, ce texte sera considéré comme décevant ! Qui peut croire sérieusement qu’il y ait besoin d’un texte de ce type pour qu’un bachelier technologique mention “bien” ou “très bien” candidat à l’admission en IUT, y soit pris ? Il y a bien longtemps que les IUT admettent sans réserve des bacheliers technologiques de ce niveau ! Ce qui aurait été un message fort, aurait été l’extension de ce droit aux bacheliers professionnels, le fait d’ajouter que même sans mention ces bacheliers technologiques sont prioritaires, qu’en cas de refus de les admettre ils bénéficient d’un droit de recours auprès du recteur (ou autre). Toutes choses qui sont stipulées dans le texte relatif aux STS, mais pas pour les IUT.

Il n’en reste pas moins que ces deux textes témoignent d’une volonté officielle de faciliter l’orientation des bacheliers technologiques vers les filières supérieures professionnelles courtes de type IUT/STS. Pourquoi cela ? Parce que c’est dans ce type de filières que, de longue date, les bacheliers technologiques obtiennent leurs meilleurs résultats : plus de 80% de reçus en moyenne sur deux ou trois ans, aussi bien aux BTS qu’aux DUT. Par contre, on sait qu’en université, ils ne sont que 12 à 18 % à atteindre la licence (contre plus de 60% en moyenne pour les bacheliers généraux), et qu’ils continuent, malgré de réels progrès, à avoir de grosses difficultés à se faire admettre en grande école à recrutement niveau bac, et à être fort peu nombreux à demander une admission en classe préparatoire aux grandes écoles.

 Cette stratégie de priorisation des études supérieures courtes est d’autant plus intéressante pour eux que de plus en plus nombreux sont les bacheliers technologiques qui, à l’issue d’un BTS ou DUT, demandent à prolonger leurs études (en licence professionnelle, en troisième année du premier cycle du diplôme de comptabilité et gestion, en grande école …), y parviennent, et y réussissent. Etonnamment, il semble que pour la plupart de ces bacheliers, il soit plus aisé de parvenir à un diplôme de l’enseignement supérieur long (master, diplôme de grande école, diplôme supérieur de comptabilité et gestion…), en commençant par le court (BTS, DUT ou équivalent), qu’en attaquant par la première année d’un cursus long (entrée en première année du premier cycle licence, de classe préparatoire, de grande école à recrutement niveau bac).

Que pensez-vous de ces mesures ? Sont-elles de nature, comme beaucoup l’espèrent, à revaloriser les bacs technologiques ?

Merci à celles et ceux d’entre vous qui voudront bien apporter leur contribution sous forme d’un commentaire.

Bruno MAGLIULO

Auteur de “Que faire avec un bac STG ?”, “Que faire avec un bac STI/STL/ST2S ?” , dans la collection L’Etudiant.

Rappelons d’abord ce qu’est la carte scolaire ! C’est en 1963, dans le but de “favoriser la mixité sociale”, qu’il a été décidé en France d’organiser les affectations des élèves en collèges et lycées publics (la carte scolaire ne concerne pas les établissements privés, y compris ceux qui sont sous contrat d’association avec l’Etat) en créant au sein des villes ou des départements des “secteurs d’affectation des élèves”. Concrètement, il s’agit d’affecter les élèves au sein de l’établissement le plus proche du domicile principal de la famille. Bien entendu, du fait de la ségrégation croissante de l’espace urbain, la carte scolaire, qui visait à amener à se côtoyer des enfants issus de milieux sociaux différents (la fameuse “mixité sociale”) n’a pas pu empêcher une certaine “ghettoïsation” de l’espace urbain, et donc scolaire. Bien plus, ce phénomène a été renforcé par les stratégies d’évitement que nombre de familles ont su mettre en oeuvre afin d’éviter la scolarisation de leur enfant dans un établissement non désiré, avec parfois la complicité de l’institution, notamment au niveau académique. Ainsi s’explique que, d’année en année, la carte scolaire ait été de plus en plus décriée.

Lors de la campagne pour les élections présidentielles de 2007, Nicolas Sarkozy avait promis qu’en cas de victoire, il s’attacherait à supprimer progressivement la carte scolaire. Dès 2007, l’actuel Ministre de l’Education nationale, Xavier Darcos, s’est attaché à mettre en oeuvre cette promesse électorale. Il a annoncé une suppression progressive étalée sur “deux ou trois années scolaires”, c’est-à-dire d’ici à 2010. Dès 2007, la part des demandes de dérogation satisfaites à significativement augmenté.

Pour la rentrée 2008, les recteurs ont récemment reçu des directives fermes et claires visant à faire mieux encore. Par une circulaire (dite de “préparation de la rentrée 2008″ : N° 2008-042 du 4 avril 2008), ils se sont vu demander d’agir, dans le cadre de leurs académies respectives, en vue “de satisfaire au mieux les demandes des familles qui souhaitent inscrire leur enfant dans un établissement différent de celui de leur secteur de rattachement”.  Pour ce faire, le Ministre a fixé un certain nombre de critères prioritaires que nous vous présentons :

1. “Les élèves nécessitant une prise en charge médicale importante à proximité de l’établissement demandé”. On ajoute que “les élèves handicapés bénéficient d’une priorité absolue”.

2. “Les élèves boursiers au mérite et boursiers sur critères sociaux”

3. “Les élèves qui suivent un parcours scolaire particulier” (par exemple : classes européennes, sections technologiques ou professionnelles rares, options rares …)

4. “Les élèves dont un frère ou une soeur est déjà scolarisé dans l’établissement souhaité”

5. “Les élèves dont le domicile est situé en limite de secteur et proche de l’établissement souhaité”.

Concrètement, cela veut dire que le principe demeure l’affectation dans un établissement du secteur (la carte scolaire n’est donc pas supprimée), mais que pour toute demande de dérogation, ces cinq critères (par ordre hiérarchique) devront être pris en compte. Notons que certains recteurs, tels celui de Paris, ont décidé d’ajouter un critère de niveau de l’élève (par exemple, pour l’entrée en seconde, on prendra en compte la moyenne des notes de contrôle continu obtenues en cours de classe de troisième (mais pas les notes des épreuves externes du brevet des collèges).

 A chacun de ces critères (propres à chaque académie : renseignez-vous sur place), seront associés des “points”, qui permettra de classer les candidats à une dérogation. Enfin, autre nouveauté : pour réduire les risques d’inéquité, il a été décidé que toutes les demandes de dérogation seront traitées par un logiciel (le même dans toute la France) qui répond au joli nom d’ AFFELNET (AFFectation des ELèves par le NET).

 Nous verrons dans les prochains mois si ces nouveautés seront de nature à permettre d’accroître la part des familles satisfaites lorsqu’elles demandent une dérogation, et surtout, si le nouveau système est véritablement de nature à supprimer ce qu’il faut bien appeller les “magouilles” que certains parvenaient à mettre en oeuvre pour parvenir à leurs fins : sollicitation d’appuis de gens en vue, fausses déclarations d’adresse, etc.

A suivre donc !

N’hésitez pas, si vous le désirez, à réagir à cet article et à nous faire part de votre point de vue sur ce sujet.

 Bruno Magliulo

Dans le lycée d’enseignement général et technologique (LEGT), la classe de seconde est présentée comme étant une sorte de “gare de triage”, les élèves étant supposés y préparer leur choix d’un baccalauréat. A cet effet, au delà d’un tronc commun largement dominant, intégralement composé d’enseignements généraux, les élèves bénéficient d’une plus ou moins large (selon l”établissement fréquenté) palette d’options obligatoires (les deux “enseignements optionnels de détermination”) et facultatives. Après quinze années de fonctionnement de cette classe, le diagnostic qui est largement fait est que cette classe ne remplit pas sa mission principale qui est de bien préparer les familles au choix d’une voie de préparation d’un baccalauréat qui devrait pouvoir être choisi en fin de seconde, alors que selon les options choisies en y entrant, une forte pré-détermination existe pour une trop importante proportion des élèves.

 Pour y remédier, deux décisions pourraient être prises, qui prendraient place dans la réforme annoncée du LEGT :

 1. Supprimer tout ou partie des actuelles options et ramener la classe de seconde générale et technologique à une sorte de vaste tronc commun enrichi par quelques possibilités d’options facultatives. C’en serait donc fini des enseignements optionnels de détermination.

 2. Introduire une “formation” nouvelle qui viserait à “muscler” l’accompagnement du projet d’orientation des élèves de cette classe de seconde. D’un volume horaire hebdomadaire de deux ou trois heures par semaine, il ne s’agirait bien sur pas d’un enseignement proprement dit (il n’y aura pas de “professeur d’orientation”), mais d’un ensemble d’activités de découverte qui devront être proposées à tous les élèves de cette classe, dans et hors de l’établissement. Cet “accompagnement du projet d’orientation de l’élève” se verrait fixer des objectifs nationaux, donc communs, mais chaque établissement serait libre de construire ce “parcours de découverte” de façon autonome. Découvrir quoi ? Les filières qui se présenteroint à l’issue de la classe de seconde, les études supérieures qui les suivent, une sensibilisation au monde du travail aussi… Les heures consacrées à cet accompagnement seront obligatoires. Il ne s’agira probablement pas de les inscrire dans l’emploi du temps à heures fixes, mais d’organiser pour les élèves un contenu multiforme (visite accompagnée d’un salon de l’orientation, conférence faite par divers intervenants internes ou externes, stages de découverte professionnelle, échanges avec des professeurs et/ou élèves des années qui suivent…), qui sera comptabilisé par un système de type “tant d’heures par semaine X par 35 semaines d’année scolaire” (par exemple, si on décide que c’est trois heures par semaine, cela fera un volume global dû d’une centaine d’heures étalées sur l’année scolaire).

Qui s’en chargera ? Rien n’est officiellement annoncé, mais il est clair qu’encore une fois, il n’y aura pas de “professeur d’orientation”, sorte de pédagogue spécialisé qui aurait le monopole de cette formation. On peut plus probablement imaginer des dispositifs à géométrie variable, avec très certainement deux maîtres d’oeuvre complémentaires qui seront fortement sollicités : le professeur principal et le conseiller d’orientation- psychologue .

 Ainsi se confirmerait la “montée en puissance” (dont certains se seraient passé), des professeurs principaux, de plus en plus fortement engagés sur le front “orientation”.

 Le Ministère annonce la sortie prochaine de son projet de réforme des lycées.

 A suivre donc

Merci de nous faire part de vos observations sur cet article

 Bruno Magliulo