Archive du 9 Nov 2007

B. Magliulo

S’orienter au lycée professionnel

Nous avons vu, dans l’article consacré à l’orientation après la classe de troisième (nous vous y renvoyons), à quoi correspond la voie professionnelle. Rappelons qu’en 2011, à l’issue de la classe de troisième, 28% des élèves ont été orientées vers la classe de seconde professionnelle. Il convient d’ajouter à ce chiffre les 6% qui ont opté pour une préparation à un CAP (certificat d’études professionnelles). Ainsi, chaque année, un peu plus d’un tiers des élèves de troisième se retrouvent en voie professionnelle.

1) Préparer un certificat d’aptitude professionnelle (CAP) :

Les CAP sont des diplômes professionnels très spécialisés, dont la finalité première est de conduire les diplômés à s’insérer sur le marché de l’emploi en tant que futurs ouvriers qualifiés, employés qualifiés, artisans … (sans pour autant interdire, mais pour une minorité, une éventuelle prolongation d’études). Vous ne serez donc pas surpris d’apprendre que les enseignements professionnels y sont largement dominants : ils représentent en moyenne un peu plus de 60% du temps global de formation, y compris 12 à 16 semaines de stages obligatoires (selon la spécialité choisie). Les enseignements généraux (variables selon la spécialité du CAP préparé) ne sont pas pour autant sacrifiés puisqu’ils représentent près de 40% en moyenne du volume global d’enseignement.

Il existe plus de 200 CAP, couvrant une vaste gamme de secteurs professionnels.

Après un parcours en deux ans, qui peut se dérouler sous statut scolaire ou par l’alternance (en signant auprès d’un employeur un contrat d’apprentissage ou de professionnalisation), les candidats au diplôme doivent se confronter à des épreuves d’examen qui se déroulent en partie sous forme d’épreuves écrites terminales, en partie sous forme de contrôle en cours de formation.

Après le CAP, une large majorité des diplômés optent pour l’insertion professionnelle (75% en moyenne, très variable bien sur selon la spécialité du CAP). Les autres prolongent leurs études, en préparant soit une “mention complémentaire” en un an (par exemple : la mention complémentaire “employé barman” après un CAP restaurant), soit une “formation complémentaire d’initiative locale” en un an, soit un passage en première professionnelle en vue d’un baccalauréat professionnel (ce qui permet à certains élèves de préparer un bac pro en quatre ans, comme avant la réforme du lycée professionnel qui a supprimé la classe terminale BEP).

En 2010-2011, 110000 élèves préparaient en France un CAP sous statut scolaire, et 172000 faisaient de même dans le cadre d’un centre de formation d’apprentis (CFA).

2) Préparer un baccalauréat professionnel :

Après la classe de troisième, il est possible d’entrer en seconde professionnelle en vue d’y préparer en trois ans un baccalauréat professionnel. Comme les CAP, ce diplôme vise prioritairement à préparer à la meilleure insertion professionnelle possible, en tant que futurs ouvriers, employés, agents techniques, artisans…

Il existe un peu plus de 80 spécialités du baccalauréat professionnel, réparties entre quatre grands secteurs d’activité : agriculture, industrie, services, métiers d’art.

Il est possible d’accéder en première professionnelle après un CAP , mais la vérité nous oblige à préciser que c’est là chose relativement rare, et soumise à des conditions de sélection qui font que plus de 80% des candidats se voient refuser une telle prolongation d’études après un CAP. Si vous visez un tel objectif, il faudra avoir fait ses preuves à bon niveau durant les deux années de préparation du CAP. Dans ce cas, on ne peut évidemment demander son admission qu’en cycle bac pro de la même famille de métiers que celle du CAP.

Par rapport à la formation reçue en préparation d’un CAP, préparer un baccalauréat professionnel c’est élargir son champ de compétences, approfondir ses connaissances (professionnelles, technologiques, générales) … Voila pourquoi on a coutume de dire qu’un CAP prépare à un métier précis, alors qu’un bac professionnel vise plutôt une “famille de métiers”. Notez l’importance des stages obligatoires en milieu professionnel qui doivent durer de 16 à 18 semaines.

Bien entendu, comme pour les CAP, la préparation d’un bacalauréat professionnel peut se faire sous statut scolaire (en tant que lycéen), ou par l’alternance (sous contrat d’apprentissage ou de professionnalisation).

Quand à l’examen final, comme pour les CAP , il comporte des épreuves terminales écrites, et une part d’évaluation par contrôle en cours de formation.

En 2010-2011, près de 200000 élèves fréquentaient une classe de première ou terminale professionnelle, et 47000 faisaient de même dans le cadre d’un centre de formation d’apprentis.

4) Après le baccalauréat professionnel :

Une large majorité des diplômés (73% en 2011) s’insèrent sur le marché de l’emploi. Malgré une indéniable tendance à l’allongement de la durée des études (entre 1996 et 2010, la part des bacheliers professionnels qui décident de prolonger leurs études est passée de 18 % à 27 %), les bacheliers professionnels semblent continuer de privilégier l’insertion professionnelle, ce qui est logique compte tenu de la formation reçue durant leurs années lycée, mais aussi compte tenu des exigences de l’enseignement supérieur. Seuls des bacheliers professionnels solides et complets (y compris dans les enseignements généraux) sont invités à passer dans l’enseignement supérieur.

Il n’empêche : en 2011, 27% d’entre eux ont pu prolonger leurs études, et ce chiffre augmente d’année en année. Pour la plupart de ceux qui font ce choix, le secteur d’études supérieures qui les attire le plus (18% en 2011, soit les deux tiers de ceux qui poursuivent leurs études) est celui des brevets de technicien supérieur (BTS). Si on ajoute à ce chiffre ceux qui entrent en institut universitaire de technologie (IUT) , en premier cycle DCG (diplôme de comptabilité et gestion), dans une école professionnelle spécialisée, qui parviennent à se faire admettre dans une préparation à un diplôme des métiers d’art, une “mention complémentaire post bac pro”, une “formation complémentaire d’initiative locale”…, on observe que la grande majorité de ceux qui poursuivent leurs études le font dans des filères d’enseignement supérieur professionnel court (en deux ou trois ans après le bac pro), ce qui est très cohérent, d’autant que c’est dans ce secteur d’études supérieures qu’ils obtiennent leurs meilleurs taux de réussite.

Le problème, c’est que ces filières sont pour la plupart sélectives, et que les bacheliers professionnels y subissent une très sévère concurrence des bacheliers technologiques et même généraux, qui sont visiblement préférés par les jurys chargés de trier les candidats. Résultat : une forte proportion de bacheliers professionnels sont écartés, et n’ont d’autre recours, s’ils veulent absolument prolonger leurs études, que de s’inscrire … en première année de l’université (7% d’entre eux en 2010), où ils n’obtiennent que des résultats très médiocres (moins de 4% d’entre eux en moyenne atteignent la licence, et très rarement en trois ans pile).

C’est pourquoi nous considérons qu’il faut applaudir à une décision réglementaire relativement récente (décret N° 2007-540 du 11 avril 2007, paru au Journal Officiel du 12 avril 2007) qui parle à leur sujet, avec les bacheliers technologiques, de “public prioritaire”, et stipule que “l’admission des bacheliers professionnels (et technologiques) en section de technicien supérieur (STS) est de droit pour les élèves et apprentis qui obtiennent une mention très bien ou bien au baccalauréat professionnel”, à la condition toutefois que “le champ professionnel (du bac pro réussi) corresponde à celui de la STS demandée”. On ajoute qu’en cas de refus d’admission, un bachelier professionnel mention très bien ou bien dispose désormais d’un droit de recours : “le recteur peut, à la demande du candidat, prononcer son admission dans la section demandée ou dans une autre section du champ professionnel ou d’un champ professionnel voisin”. En d’autres termes, un bachelier professionnel mention très bien ou bien a désormais la garantie de trouver une place en STS, mais pas forcément dans le lycée de son choix, ni dans la spécialité de son choix. Il y a donc des limites à l’exercice de ce nouveau droit.

 Un texte semblable est venu compléter ce dispositif d’ouverture des études supérieures professionnelles courtes au profit des bacheliers professionnels candidats à l’admission en première année d’IUT , et parle même à leur sujet (avec les bacheliers technologiques cependant) de “candidats prioritaires”, mais force est de constater que les responsables des IUT se montrent beaucoup plus réservés que ceux des STS pour appliquer ces textes, et continuent d’avoir une nette “préférence” pour les bacheliers technologiques et généraux.

Si vous êtes désireux de nous adresser une question concernant un problème d’orientation en voie professionnelle, n’hésitez pas : nous y répondrons.

Bruno Magliulo

Pour en savoir plus, dans la collection L’Etudiant :

 – Le guide de l’orientation au lycée (de la troisième à l’après bac)

– Suis-je fait pour l’ apprentissage ou l’alternance ?

– Pour quelles études êtes-vous fait ?

– Pour quel métier êtes-vous fait ?