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Après le lycée professionnel, dont la réforme a été présentée il y a quelques mois (vous la trouverez présentée en détails sur ce blog, dans un autre article), c’est au tour du lycée général et technologique : le ministre se prépare àen présenter le projet de réforme, dans les tous prochains jours. D’après les informations qui ont filtré, il semble bien que l’un des objectifs de la réforme soit d’alléger l’offre d’options, considérée comme étant fort couteuse, mais aussi trop dispersée et de faible efficacité.

 Rappelons que le lycée actuel comporte deux types d’options : celles qui sont”obligatoires” (que tout élève entrant dans une classe donnée doit obligatoirement choisir dans une liste proposée par chaque établissement, comme par exemple les deux enseignements optionnels de détermination en seconde générale et technologique), et celles qui sont “facultatives” (que l’élève peut choisir dans une liste proposée par l’établissement, mais auxquelles il est possible de renoncer).

Premier constat : la France est l’un des pays qui offre le plus d’heures d’enseignements optionnels. Cela présente l’avantage de permettre de mieux individualiser les parcours d’études secondaires, mais coûte fort cher à l’Etat (et aux familles dans le privé). De plus, il règne en la matière une très grande dispersion, qui provoque la présence, pour nombre d’enseignements optionnels, de très faibles effectifs d’élèves, induisant l’idée qu’une politique de regroupement serait peut être souhaitable, notamment dans les grandes villes. En ces temps de contexte budgétaire difficile pour l’Etat, il est tentant d’utiliser la baisse de l’offre d’options pour réduire les dépenses de formation. Ce n’est évidemment pas l’objectif premier qui sera affiché par le Ministre, mais il est clair que cette motivation fait partie de l’ensemble.

 Deuxième constat : corrélativement, la France est l’un des pays où le volume horaire des enseignements au lycée est le plus élevé. En moyenne, les élèves qui fréquentent le lycée général et technologique y bénéficient de 32 à 34 heures de cours par semaine, alors que la moyenne européenne est de 28/29. Il en résulte l’idée que la réduction de l’offre d’options est un moyen pour réduire le volume horaire global de l’enseignement dispensé dans les lycées.

 Troisième constat : la seconde générale et technologique (la classe qui comporte le plus d’offre d’enseignements optionnels) a échoué dans son ambition d’être une véritable “classe de détermination”. Sur ce point, rappelons qu’officiellement, tout élève engagé dans une telle classe peut attendre la fin de son année scolaire pour choisir le baccalauréat qui lui convient. En pratique, tout observateur honnête ne peut nier que cela ne fonctionne pas ainsi. Chacun sait que selon les choix des deux enseignements optionnels de déterminationfaits en entrant en seconde, il y a des portes qui se ferment quasi automatiquement. Impossible par exemple d’opter pour un baccalauréat général ou STG si on n’a pas pris l’option de LV2 (hé oui, l’enseignement de LV2 est optionnel de détermination en seconde); impossible d’entrer en première STI arts appliqués si on n’a pas choisi les deux enseignements optionnels de détermination de création design et culture design; etc. La liste est longue des verrous qu’il est impossible ou très difficile de faire sauter quand, en entrant en seconde, on n’a pas choisi les “bons” enseignements optionnels de détermination. Il en résulte une idée (on lira de très près le projet de réforme de la classe de seconde générale et technologique sur ce point) : supprimer les enseignements optionnels de détermination en seconde et refondre la grille horaire pour que le principe du “socle commun” s’étende en classe de seconde générale et technologique, ce qui permettrait à la fois de supprimer les options de détermination actuelles et d’alléger l’horaire hebdomadaire de cette classe. Une réflexion du même type est engagée pour les classes de premières et terminales qui pourraient faire l’objet de regroupements (on évoque l’idée de regrouper les actuelles voies ES et L, voire ES, L et STG; mais aussi S et STI…), avec réducation corrélative de l’offre d’options (obligatoires et/ou facultatives).

 Je ne prétend pas que le projet qui va très bientôt être soumis à la concertation sera exactement celui que j’évoque. Mais je fais le pari que nous n’en serons pas loin.

 A suivre, et en attendant, n’hésitez pas à réagir à ces propos, qui n’engagent évidemment que moi.

 Merci d’avance à celles et ceux qui voudront bien alimenter ce débat.

 Bruno Magliulo

En l’état actuel de la loi, tout bachelier a droit à une place en première année de l’enseignement supérieur. Ce droit découle d’un texte remontant au XIXe siècle, qui définit réglementairement le baccalauréat comme étant non un diplôme de fin d’études secondaires (comme le brevet des collèges par exemple), mais le premier grade universitaire (le deuxième étant la licence, le troisième le master et le quatrième le doctorat).

Cette disposition n’est pas appliquée dans un certain nombre de cas dérogatoires, qui ont eu tendance à se multiplier ces dernières années : les classes préparatoires, les grandes écoles et écoles spécialisées, les IUT, les STS, la filière comptable supérieure, certaines universités ayant obtenu le statut d’ “université de technologie”, etc., sont autorisés à pratiquer un recrutement de leurs étudiants sur procédure de sélection.

Il n’y a donc qu’à l’entrée des universités (hors “universités de technologie”) que le principe du libre accès sans sélection est respecté. Du coup, la première année du premier cycle licence est devenue le lieu d’accueil de tous les bacheliers fragiles, ou n’ayant pas le bon profil pour la filière choisie (bachelier ES faisant le choix de s’inscrire en première année de médecine par exemple). Comment s’étonner, dans de telles conditions, que ce soient des secteurs d’études accueillant des masses d’étudiants qui seront très rapidement, pour une bonne partie, en situation d’échec (une moitié seulement d’entre eux parviennent à la licence, en trois, quatre ou cinq ans ! ).

D’où l’idée, depuis 2006, de s’efforcer de réduire ce taux d’échec en respectant le droit à la poursuite des études en première année de la licence de son choix, mais en faisant de telle sorte que les choix des bacheliers soient plus responsables, plus éclairés.

Concrètement, cela prend la forme de dossiers de préinscription dans lesquels figurent les bulletins de notes et appréciations, les résutats aux épreuves anticipées du bac en fin de première, parfois une lettre de motivation… afin que les universitaires se fassent une idée du “profil” de ces candidats, et puissent leur faire savoir s’ils leur semblent avoir le bon profil ou pas. Cela revient à conseiller à certains d’ opter pour d’autres filières (et en précisant lesquelles), en explicitant les raisons de ce diagnostic. Cependant, tout bachelier conserve le droit de passer outre un tel avis.

On en attend une plus grande responsabilisation des lycéens dans le choix de leur filière d’études supérieures. Par exemple, que les bacheliers professionnels et technologiques ne soient pas aussi nombreux à entrer en première année d’université où ils échouent respectivement à 93% et 70%, que des bacheliers faibles en mathématiques ne s’inscrivent pas en sciences économiques et de gestion, que des bacheliers faibles en langue  ne s’inscrivent pas en premier cycle langues étrangères appliquées, etc.

Une telle démarche ne va évidemment pas sans poser de multiples questions, et nombreux sont ceux qui mettent en lumière les limites d’une telle façon de procéder. Toujours est-il que c’est l’une des armes brandies par le Ministère, et utilisée par un nombre croissant d’universités, pour réduite l’échec en premier cycle d’université (et tout particulièrement en première année).

Idée géniale ou “fausse bonne idée” ? Qu’en pensez-vous ?

Bruno Magliulo

La France connait une situation très particulière en ses premiers cycles universitaires : la moitié à peine de ceux qui entrent en première année parviennent au diplôme de licence. Ce taux d’échec, inacceptable en vérité (mais sur lequel un voile pudique est jeté depuis des décennies), vient de faire l’objet d’une annonce forte par la Ministre chargée de l’enseignement supérieur, qui annonce un plan visant à réduire cet échec de moitié.

Les causes de ce phénomène sont bien connues, et depuis fort longtemps : absence totale de régulation à l’entrée (sauf exception, n’importe quel bachelier peut entrer dans la première année du premier cycle de son choix), détournement des meilleurs élèves issus du secondaire vers les filières supérieures sélectives (classes préparatoires, grandes écoles et écoles spécialisées à recrutement niveau bac, IUT, STS…), manque d’encadrement, de suivi individuel des étudiants…

On annonce donc une amélioration significative des choses : plus d’heures d’enseignement, un effort particulier sur les langues étrangères et les nouvelles technologies, un encadrement renforcé, un développement du tutorat au profit des étudiants en perdition, une rénovation du système d’orientation, tant dans le second degré que dans le supérieur, une facilitation des possibilités de réorientation, etc.

Tout ceci va indéniablement dans le bons sens, mais passe à côté de la vraie question : accroître le taux de réussite en premier cycle licence, sans s’attaquer au problème du devenir professionnel des diplômés à l’issue des filières universitaires, sera loin de suffire. En d’autres termes, c’est d’une profonde réforme des contenus et objectifs de ses enseignements de premier cycle que l’université a besoin, tout particulièrement dans les filières de lettres, langues, sciences humaines et sociales…

Autre problème qu’il faudra bien prendre en compte : le financement des universités. Notre point de vue est qu’il devient impossible, compte tenu du contexte budgétaire national et international, d’attendre du seul Etat que se dégagent les moyens d’une réforme en profondeur de l’université. N’est-il pas temps de dire qu’il n’y a rien de scandaleux à ce qu’une université complète ses moyens par des subventions d’entreprises, de collectivités territoriales, mais aussi par une augmentation des droits de scolarité respectueuse des différences de situations sociales des étudiants (je suis scandalisé que tous, pauvres ou riches, paient la même chose, et que les syndicats étudiants soient majoritaires à défendre un système aussi inéquitable : le souci démocratique devrait consister à faire nettement plus payer les riches, et à exonérer totalement de droits de scolarité et augmenter les bourses des plus pauvres).

Enfin, dernière question qu’il faudra bien poser : comment, tout en respectant le droit à la poursuite d’études en premire année d’université pour tout bachelier, mieux réguler les flux d’orientation en sortie des classes terminales ? Il est parfaitement possible de respecter ce droit, tout en responsabilisant plus qu’on ne l’a fait les lycéens, et en améliorant l’efficacité du système français d’orientation qui, à cet égad, est largement défailant puisqu’il conduit 50% des bacheliers à choisir des études supérieures univesitaires dans lesquelles ils échouent.

 Faites nous part de vos avis et commentaires sur cet important sujet

 Bruno Magliulo

Le Ministre de l’Education nationale a, depuis la rentrée 2007, exprimé en plusieurs occasions son souhait de réformer en profondeur la voie professionnelle.

Rappelons qu’en l’état actuel des choses, le lycée professionnel se déroule en quatre années : un premier cycle en deux ans (seconde pro puis terminale BEP), éventuellement suivi d’un second cycle en deux ans (première pro puis terminale pro). En tout : quatre années, au lieu de trois dans les voies générales et technologiques.

On observe qu’ une part croissante des élèves de terminale BEP prolongent leurs études, soit en deuxième cycle professionnel en vue d’un bac pro, soit en première technologique d’adapation en vue d’un bac techno. Du coup, la classe terminale pro est devenue une classe à pédagogie schizophrénique : il faut à la fois y préparer une partie des élèves (environ 40%) à se préparer à s’insérer sur le marché de l’emploi, donc à acquérir une solide qualification professionnelle, et les autres à prolonger leurs études donc à acquérir un bon bagage généraliste. Pour les professeurs, viser conjointement ce double objectif est chose très complexe, et insatisfaisante pour nombre d’élèves qui voudraient soit l’un, soit l’autre.

D’où l’idée de proposer un lycée professionnel en trois ans (seconde pro, première pro, terminale pro), sans passer par la case “BEP”. Les élèves qui, actuellement, préparent un BEP en vue de s’insérer sur le marché de l’emploi pourraient continuer de le faire, mais dans des classes de type CAP, détachées du parcours qui, en trois ans, conduira au bac pro. Bien entendu, les contenus de la filière en trois ans devraient être remodelés.

Ne voulant pas précipiter les choses, le Ministre a déclaré qu’à titre transitoire, il souhaite voir le nombre des élèves qui s’engagent dans des classes expérimentales qui proposent une préparation au bac pro en trois ans (cela existe donc déjà) passer de 4000 à 40000 à la rentrée 2008. Cette multiplication par dix d’un coup  ne sera pas chose facile à mettre en oeuvre, mais ce dernier chiffre, s’il est atteint à plus ou moins long terme, représentera près de 30% des élèves de lycée professionnel. De quoi se prévaloir d’une situation favorable pour ensuite passer au stade de la généralisation.

Bruno Magliulo

B. Magliulo

Accès aux prépas

Une des critiques du ministre porte sur le fait, accablant à ses yeux, que peu de bacheliers ES parviennent à se hisser vers les « filières prestigieuses » (grandes écoles, classes préparatoires aux grandes écoles…). D’après les statistiques du ministère, ils étaient très exactement 12,8 % à y parvenir en 2006 (6,3 % en CPGE, 6,5 % en grande école à recrutement niveau bac). Ils seraient évidemment plus nombreux si l’offre de formation de ce type les concernant était plus large. Précisons par exemple, concernant les CPGE, que les ES sont par définition (comme les L) non candidats à l’entrée des classes préparatoires scientifiques, qui sont largement les plus nombreuses (63 % des effectifs de l’ensemble des CPGE sont dans des classes scientifiques). En revanche, dans les prépas économiques et commerciales, les ES représentent près de la moitié (44 %) des effectifs, et 22 % de ceux des CPGE littéraires (à égalité avec les bacheliers S). Ainsi, le ministre ne compare pas ce qui est comparable : il fait l’impasse (par ignorance ? Volontairement ?) sur le fait que les deux tiers des places étant réservées strictement à des bacheliers S (surtout), STI ou STL (dans une faible mesure), il y a un effet mécanique qui fait que l’on ne peut juger globalement de l’orientation des ES vers les CPGE. En toute rigueur et honnêteté intellectuelle, il convient de le faire en ne prenant en compte que les CPGE vers lesquelles ils peuvent se diriger. Quand aux grandes écoles, le ministre fait l’impasse sur le fait que la majeure partie des grandes écoles recrutent … à bac + 2 ou 3. En d’autres termes, pour évaluer honnêtement la part des bacheliers ES qui accèdent à une grande école, il convient d’ajouter à ceux qui y parviennent au niveau bac, ceux qui le font après deux ou trois ans d’études supérieures. Ainsi, par exemple, les grandes écoles de journalisme, qui recrutent pour la plupart à bac + 3, ont des effectifs majoritairement composés d’anciens bacheliers ES. Au total, nous estimons à plus d’un quart les bacheliers ES qui, aux divers étages de l’enseignement supérieur, parviennent à se faire admettre dans une grande école.

Ainsi, comment peut on affirmer de façon aussi péremptoire que le fait le ministre, que les bacheliers ES s’engagent dans des filières sans débouchés professionnels, alors que toutes les données statistiques de son ministère aboutissent à un constat inverse ?

On aurait pu comprendre en partie les propos du ministre si les bacheliers ES obtenaient de très piètres résultats, comparés à ceux obtenus par les autres bacheliers, dans les diverses filières d’enseignement supérieur vers lesquelles ils s’orientent. Or, c’est tout le contraire que l’on peut observer. Prenons quelques exemples.

Le ministère de l’Éducation nationale publie périodiquement des statistiques concernant la capacité d’accès en troisième année du premier cycle licence (L3) des diverses catégories de bacheliers (ou si l’on préfère, la capacité à réussir en première et deuxième année).

Les bacheliers ES n’ont pas à rougir des scores obtenus durant leurs deux premières années d’études supérieures universitaires. Selon les chiffres 2006 du ministère, dans les filières universitaires vers lesquelles il est logique qu’ils s’orientent (c’est-à-dire droit, économie/AES, lettres/langues/sciences humaines et sociales), ils sont entre 38,5 % et 45,9 % à atteindre la troisième année en deux ans pile, et entre 67,4 % et 72,7 % à y parvenir en deux à cinq ans. Tous premiers cycles confondus, ils se classent en deuxième position de l’ensemble des bacheliers, juste derrière les S qu’ils suivent de près. On notera en passant que la réussite durant les deux premières années d’université est chose difficile pour tous, tout particulièrement pour les bacheliers technologiques et professionnels, ce qui n’a rien de surprenant.
Toujours d’après les statistiques du ministère de l’Éducation nationale, les bacheliers ES obtiennent les meilleurs résultats pour l’accès à la licence universitaire, avec 85,1 % de réussite cumulée en trois ans (contre 81 % pour les L et 83,9 % pour les S). Si on veut faire porter le chapeau de l’échec jugé trop important en premier cycle universitaire, il faut regarder du côté d’autres baccalauréats.

Du côté des IUT, il en va de même : les bacheliers ES sont 82,2 % à décrocher leur DUT tertiaire en deux ou trois ans. Ils font jeu égal avec les S, significativement mieux que les L (79 % en deux ou trois ans), les bacheliers technologiques (66,9 %) et les bacs pros (47,9 %). Idem pour ce qui est des BTS. D’après la note d’information N° 07.10 de mai 2007, intitulée « Résultats des brevets de techniciens supérieurs, session 2006 », les bacheliers ES obtiennent les meilleurs résultats : 79,3 % de reçus (78,4 % pour les S, 72 % pour les STI, 64,5 % pour les STT(STG), 45,1 % pour les bacheliers professionnels, etc.

Même écho venant du côté des grandes écoles à recrutement niveau bac. Savez-vous que depuis de nombreuses années, les bacheliers ES sont les plus nombreux à parvenir à se faire admettre dans les instituts d’études politiques (y compris dans le plus prestigieux d’entre eux, celui de Paris) et dans les grandes écoles de commerce en quatre ou cinq ans ?

En quatre occasions au moins, entre fin août et le 10 septembre 2007, le ministre de l’Éducation nationale, Xavier Darcos, s’est livré à des attaques en règle contre la filière économique et sociale (ES) de préparation au baccalauréat. Ces attaques tous azimuts sont d’autant plus surprenantes venant de la part du ministre que, comme on va le voir, ces propos sont démentis par des données chiffrées produites par l’Éducation nationale elle-même, ce que Xavier Darcos ne peut pas ne pas savoir.

Xavier Darcos connaît bien la filière économique et sociale, et pas uniquement parce que c’est celle qu’avait en son temps choisi l’actuel président de la République, Nicolas Sarkozy. Il faut rappeler que lors de la réforme du lycée de 1993, qui a transformé l’ancien bac B en bac ES, l’actuel ministre de l’Éducation nationale était en charge de ce dossier au cabinet du ministre d’alors, François Bayrou. Mais surtout, il connaît bien évidemment les statistiques produites par divers services du ministère dont il a la charge, et notamment par la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance. Cette dernière vient d’éditer un très intéressant document publié chaque année à l’occasion de la rentrée scolaire : Repères et références statistiques (RERS) sur les enseignements, la formation et la recherche (édition 2007). Il est largement diffusé en version papier bien sur, et chacun peut en outre le consulter à distance sur le site du ministère de l’Éducation nationale : www.education.gouv.fr , rubrique « évaluations et statistiques ». On y découvre que les propos du ministre sont largement infondés.

Pour reprendre l’affirmation du ministre selon laquelle les bacheliers ES se retrouveraient largement dans les filières universitaires en droit, psychologie et sociologie, « sans toujours un emploi à la clé », il est intéressant de constater que les bacheliers ES de 2006 (85965) ont été très exactement 13654 (15,8 %) à s’inscrire en première année universitaire de droit, 3274 (3,8 %) à entrer en psychologie, et 1970 (2,2 %) en sociologie. En tout : 22% des bacheliers ES. C’est important, mais c’est loin de correspondre à l’ensemble des orientations, fort variées au demeurant, des bacheliers ES.

Quant à l’affirmation selon laquelle ces trois filières seraient réputées sans débouchés (y compris celle de droit ? C’est nouveau, ça vient de sortir. Qu’en pense le président de la République, Monsieur Nicolas Sarkozy, ancien bachelier économique et social ayant choisi de faire des études supérieures universitaires de droit ?), nous ne doutons pas que les universitaires concernés et les étudiants qui sont passés par ces filières universitaires sauront réagir comme il se doit. Notons en passant que les bacheliers ES sont minoritaires dans chacune de ces trois filières : toujours à la rentrée 2006, ils n’ont représenté que 45 % des nouveaux entrants en droit, 30 % des nouveaux entrants en psychologie, et 44 % en sociologie. Et d’ailleurs, en quoi est-il choquant que des bacheliers économiques et sociaux se montrent fortement intéressés par de telles études supérieures ?

Ne présenter que des orientations qui correspondent à 22 % des flux, est donc pour le moins réducteur. Que font les 78 % d’entre eux qui optent pour d’autres orientations ? On les retrouve dans d’autres études universitaires bien sûr (sciences économiques et gestion (9,16 % en 2006), administration économique et sociale, langues vivantes (7,47 %), lettres, etc.), mais aussi, dans des grandes écoles à recrutement niveau bac (instituts d’études politiques, écoles de commerce et de gestion, d’architecture, etc. à 6,5 %), classes préparatoires aux grandes écoles (économiques et commerciales, littéraires… à 6,26 %), instituts universitaires de technologie (11,45 %), brevets de technicien supérieur (8,86 %), écoles spécialisées (sociales, paramédicales, de commerce, hôtellerie-tourisme, etc. à 4 %).